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Fondation de la France Libre - Délégation des Alpes-Maritimes

Vernissage de l’exposition consacrée à la bataille de Bir Hakeim

Publié le mercredi 6 juin 2012

Le 31 mai 2012 à Nice.

ALLOCUTION DE MONSIEUR PIERRE MORISSEE DELEGUE DEPARTEMENTAL DE LA FONDATION DE LA FRANCE LIBRE PRONONCE A NICE LE 31 MAI 2012 LORS DU VERNISSAGE DE L’EXPOSITION CONSACREE A LA BATAILLE DE BIR HAKEIM EN 1942 EN LIBYE

Monsieur le Président du Conseil Général, Monsieur le Représentant de Monsieur le Député Maire de Nice – Président de la Communauté Nice Côte d’Azur, Monsieur le Directeur Départemental de l’ONAC, Monsieur le Représentant du Délégué Militaire Départemental, Messieurs les Présidents d’Associations Patriotiques, Mesdames et Messieurs,

La Délégation de la Fondation de la France Libre est heureuse et honorée de vous accueillir à l’Espace Association de la Ville de Nice pour vous présenter, en partenariat avec l’ONAC, cette Exposition consacrée à la bataille de Bir Hakeim qui eut lieu en 1942 en Libye. En effet, nous célébrons aujourd’hui à Paris et dans tous les départements de France et d’Outre Mer ce fait d’armes de la 1ère Brigade Française Libre.

Nombre d’ouvrages ont paru sur Bir Hakeim. J’aurai pu m’en inspirer. Mais pour vous présenter cette Exposition, j’ai préféré me reporter à des témoignages puisés dans les archives de la Fondation. Notamment à partir des récits de nos 2 Compagnons de la Libération, le Général de St Hillier (SH) et du Capitaine de Sairigné (DS) qui ont combattu à Bir Hakeim. Ainsi que ceux d’autres combattants anonymes (TA) pour vous décrire, en préalable, l’ambiance, le climat du désert où les Français ont combattu, l’activité de la garnison et sa préparation au combat à la veille de la bataille qui vous est relatée dans les panneaux exposés ici. ‡ Pour comprendre l’enjeu de cette bataille aux conséquences historiques, un retour en arrière s’impose : après la seule victoire Franco Britannique en 1940 à Narvik, en Norvège, la situation militaire des Alliés dans le monde est critique partout jusqu’au printemps 1942.

En Europe l’Allemagne nazie occupe les 2/3 de la France, plus la Norvège, la Belgique, les Pays Bas, l’Autriche, la Tchécoslovaquie, la Pologne, une grande partie de la Russie d’Europe. La Hongrie, la Bulgarie et la Roumanie ont des gouvernements à la solde d’Hitler. L’Espagne et l’Italie ont des régimes politiques totalitaires.

La Grande Bretagne se prépare dès l’été 1941 à faire face à la probable invasion de l’île par la Wermarcht. La Luftwaffe (l’aviation Allemande) déverse un déluge de bombes sur les principales villes d’Angleterre. Coventry est détruite, Londres brûle : c’est le Blitz. Les ports et les aérodromes sont bombardés. La Royal Air Force livre dans le ciel anglais un ultime combat pour la survie du pays : c’est la célèbre "Bataille d’Angleterre".

Dans l’Océan Atlantique la situation est préoccupante. La Royal Navy subit de lourdes pertes par la destruction d’un porte avion et de 5 cuirassés. Les meutes de sous marins Allemands font des ravages dans les convois de ravitaillement. En 1942 ils envoient par le fond 8300000 tonnes de navires Alliés et neutres de tous tonnages à destination de la Grande Bretagne.

En Méditerranée, Churchill est hanté à l’idée que la flotte Française de Vichy soit saisie par l’ennemi et rejoigne l’escadre Allemande de l’Atlantique. Il ordonne à l’Amiral Somerville de la détruire à Mers El Kébir en Algérie, lequel se déclare horrifié d’avoir à exécuter cet ordre à contre cœur.
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Malte croule sous les attaques aériennes de la Luftwaffe qui dédruit les convois militaires Britanniques à destination de la Cyrénaïque et de l’Egypte.

La Crête est envahie le 25 mai 1941 par 17000 parachutistes Allemands qui s’emparent de l’île.

En Grèce le Corps Expéditionnaire Britannique envoyé par Chruchill pour aider ce pays après son invasion d’abord par l’Italie le 28 octobre 1940, puis par les Allemands le 20 avril 1941, est battu et évacué par la Royal Navy vers l’Egypte d’où il était parti.

En Cyrénaïque la 8ème Armée Britannique est commandée successivement par plusieurs généraux qui sont limogés par le 1er Ministre Winston Churchill. Il en confie en 1942 le commandement au Général Auchinlec. Néanmoins, malmenée, elle se replie en désordre depuis Bengazi vers la frontière Egyptienne sous les coups de butoir de l’Africa Korps du Général Rommel, où elle s’installe sur une ligne de défense Gazala/Bir Hakeim.

En Extrème Orient, le 7 décembre 1941 les Japonais attaquent dans le Pacifique la base navale militaire Américaine de Pearl Harbor avec 353 avions portés par 6 porte avions. Ils détruisent une partie importante des navires de guerre en rade, provoquant le lendemain l’entrée en guerre des Etats-Unis. Par ce coup de force de l’Amiral Nagumo, le Japon se rend ainsi maître du Pacifique. Le 10 décembre les Japonais coulent les principaux cuirassés Britanniques de la Force Z. Deux jours auparavant, l’aviation Japonaise attaquait Hong Kong, et l’armée de l’Empereur entrait en Chine continentale. Les Philippines sont également envahies, les Américains battus se rendent le 9 avril 1942. Singapour capitule à son tour le 1er février. Puis ce fut l’invasion de Java, Sumatra, Bornéo, Timor, la Nouvelle Guinée et les Célèbes. Les Indes Britanniques sont menacées. Les Japonais pénètrent en Indochine avec l’accord de Vichy.

Ainsi, en ce printemps de 1942 la situation militaire des Alliés est on ne peut plus critique face aux forces de l’Axe – Berlin – Rome – Tokyo. ‡ Nous sommes à présent à Bir Hakeim, dans la dernière semaine du mois de mai 1942. Le site est un minuscule point d’eau situé à 70 km au sud de Tobrouk, dans le désert de Cyrénaïque, province de la Libye Italienne.

Le front s’étend sur 70 km de Gazala près de la Méditerranée jusqu’à Bir Hakeim au Sud. La 8ème Armée Britannique n’occupe que les 2 extrémités de la ligne du front. Près de Gazala au Nord deux divisions du Commonwealth sont en lignes. Elles couvrent les éléments blindés réunis en réserve d’Armée. A l’extrémité Sud, la 1ère Brigade Française Libre est installée depuis le 12 février 1942 sur le site de Bir Hakeim. Elle est flanquée au Nord par une brigade Britannique puis, à partir du 26 mai, par une brigade Hindoue, située à quelques kilomètres au Sud Ouest.

Ce dispositif est censé protéger Tobrouk qu’occupe une division sud Africaine. De larges champs de mines s’étendent du Nord au Sud sur plus de 100 km formant un V qui va de Gazala jusqu’à Bir Hakeim, puis remonte jusqu’à Knightsbridge par sa branche Est. En tout 4 millions de mines sont posées. Face à Rommel la 8ème Armée Britannique dispose d’une supériorité numérique : 742 chars contre 570, 125000 hommes contre 113000, 700 avions contre 500, 500 canons contre 350. Le dispositif germano Italien, sensiblement symétrique, est entièrement massé au Nord (SH).


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Mais il est temps de vous présenter les 3723 Français Libres de la garnison que commande le Général Koenig. Qui sont ces soldats Français qui ont rejoint le Général de Gaulle pour combattre avec lui l’occupant nazi ou fasciste foulant le sol de la Patrie ? Ils sont venus de tous horizons géographiques : de France occupée ou de la zone libre, d’Afrique Noire Francophone, de Tahiti, des Etablissements Français de l’Inde, de la Nouvelle Calédonie, de Wallis et Futuna, de St Pierre et Miquelon, de Guyane, de la Martinique et de la Guadeloupe, du Proche et Moyen Orient…

De religions diverses, ils sont chrétiens, juifs, musulmans, athées, libres penseurs, hindous. Ils sont de toutes conditions sociales : marins, étudiants, ouvriers, cadres, fonctionnaires, enseignants, militaires de toutes armes, étrangers francophiles, évadés de France par l’Espagne, que sais- je ? Tous unis dans le seul but de libérer la patrie outragée.

Ils forment les bataillons et les compagnies de la 1ère Brigade Française Libre qui va se distinguer dans cette guerre du désert contre les germano Italiens. ‡ Pendant les 3 mois ½ précédant la bataille la garnison Française a transformé le site en une solide position retranchée sur un terrain aride et rocailleux.

Ce point d’eau de Bir Hakeim – que les Anglais surnomment le "Box" - mesure 16 km de circonférence. Il est protégé par plus de 1000000 de mines ; pour se prémunir des attaques de l’ennemi, la garnison s’enterre avec ses réserves d’eau, ses canons, ses munitions, le matériel, l’essence et les véhicules eux-mêmes (DS)…. La vie des soldats est rude : travail harassant de fortifications, pose de mines, instruction technique, concours de tir. Pas de distractions, juste quelques postes de TSF et des jeux de cartes. Comme boissons, de l’eau et du thé, parfois une boite de bière, une fois par mois et par section une bouteille de gin ou de whisky…. L’eau est le seul élément que partagent les soldats. Le puits, le Bir de Hakeim, asséché dès le 1er jour, ne contenait plus guère que 2 corps de soldats Italiens. Des citernes d’eau sont amenées tous les jours depuis Tobrouk par le service du train et les Spearettes (SH). Le vent de sable règne en maître sur la position, en moyenne un jour sur deux. Il envahit tout, pénètre partout, aussi bien dans les moteurs que dans les montres, dans les armes que dans les vivres, dans les yeux, les oreilles, les blessures. Par certains moments on ne voit plus rien à un mètre de soi. Plus grave, le vent du sud qui gronde à 80 km/h, emporte dans son souffle toute sortes d’épaves : Bidons vides, plaques de tôles, douilles d’obus, morceaux de carrosserie, auxquels il faut prendre garde (TA)….

Le désert a aussi ses tempêtes : tempêtes de sable infiniment dangereuses car elles détruisent le matériel mal protégé ou l’imprudent qui, s’étant écarté de quelques mètres, ne retrouve plus sa réserve d’eau (DS)….

Pendant les semaines précédant l’attaque de Rommel chacun vit en perpétuelle alerte essayant de surprendre l’ennemi, de tendre des embuscades à ses patrouilles et de ne pas se laisser surprendre. A la nuit, ils vont silencieusement jusque dans le camp adverse, saisissent un dormeur dans son trou, et s’éloignent vivement à la boussole (DS).

Vers le sud du Box, régulièrement, des groupes de nos voitures piquent droit vers la mer de sable qui étend une infranchissable barrière sur 200 ou 300 km. Vers l’ouest nos formations de Jock Columns sillonnent les unes après les autres le désert avec des groupements de fantassins, artilleurs, sapeurs et transmetteurs, étroitement unis, qui vont de jour harasser l’ennemi, se formant en carré pour la nuit, ou s’évanouissant dans le désert (DS).


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Mesdames et Messieurs les 14 panneaux qui vous sont présentés dans ces locaux développent à votre intention, et de façon détaillée, les différentes phases de la bataille. Je vous inviterai à en prendre connaissance dans quelques minutes.

Sachez qu’elle a débuté le 26 mai 1942. Elle fut rude, âpre, d’une rare intensité. Elle surprit le Général Allemand Rommel qui avait pensé enlever la position en 24 h grâce à ses divisions blindées et mécanisées y compris Italiennes.

Les 3723 combattants de la France Libre tinrent en échec 35000 soldats d’Hitler et de Mussolini. Durant 15 jours ils résistèrent à tous les assauts, aux bombardements de l’artillerie et de l’aviation. Mais à bout de vivres et de munitions, ils rejoignirent dans la nuit du 10 au 11 juin les forces Alliées en brisant l’encerclement, chargeant l’ennemi à la baïonnette, et à la grenade.

Au bilan final, la brigade a perdu 1065 des siens, dont 172 tués, 130 blessés et 763 faits prisonniers et disparus lors de la sortie du camp retranché. Durant le siège la 1ère BFL a infligé à Rommel 3300 tués, blessés ou disparus, détruisant 51 chars et 13 automitrailleuses, l’ennemi perdant 49 avions dont 7 abattus par nos fusiliers marins, les autres par la Royal Air Force. ‡ Avant de clore mes propos je voudrais appeler votre attention sur les conséquences de ce fait d’armes quant à la suite des opérations militaires au Proche Orient, mais aussi son impact sur l’opinion internationale et en France.

Les stratèges militaires s’accordent à reconnaître que le Général Koenig et ses soldats ont réalisé un réel exploit. En immobilisant pendant 15 jours une partie importante des troupes et des divisions blindées et mécanisées de Rommel, lesquelles étaient occupées à faire le siège de Bir Hakeim, les Français ont permis à la 8ème Armée Britannique, très malmenée au nord du champ de bataille et après avoir perdu Tobrouk et sa garnison de 33000 soldats du Commonwealth, de se replier en direction de l’Egypte, à El Alamein.

Durant ces 15 jours de répit, le Commandement Anglais au Caire s’est employé a faire venir d’importants renforts de troupes et de matériels en provenance du Proche et du Moyen Orient pour contenir l’Africa Korps, précisément à El Alamein située tout juste à une distance de 100 km d’Alexandrie.

On connaît la suite. Après la stabilisation du front à El Alamein, une première bataille lancée sans résultats par Rommel échoua. Trois mois plus tard, le Général Anglais Montgomery, nouveau Chef de la 8ème Armée Britannique lança le 22 octobre 1942, grâce aux renforts importants mentionnés précédemment, dont firent partie les Français Libres de la 1ère BFL, une offensive de grande envergure. Rommel fut définitivement battu. Ce fut la 2ème bataille victorieuse d’El Alamein qui sonna le début de la fin de l’Africa Korps en Afrique du nord. ‡ Ce fait d’armes de Bir Hakeim a eu un retentissement international. Il provoqua à travers le monde une prise de conscience du renouveau de l’armée Française créée par le Général de Gaulle. Les Alliés également. Les témoignages d’admiration furent nombreux.

Le 2 juin, le 1er Ministre Winston Churchill évoquant la bataille de Bir Hakeim à la Chambre des Communes déclare "les Français Libres sont splendides"…

Il ajoutera plus tard :"En retardant de 15 jours l’offensive de Rommel, les Français Libres auront contribué à sauvegarder le sort de l’Egypte et du canal de Suez".
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Le 8 juin par télégramme de Gaulle déclare "Général Koenig, sachez et dites à vos troupes que toute la France vous regarde et que vous êtes son orgueil".

Le 12 juin, dans un communiqué spécial du Haut Commandement Britannique au Moyen Orient, le Général Auchinlek, Commandant en Chef de la 8ème Armée Britannique, déclare solennellement :… "On sait que les plans de l’ennemi prévoyaient la chute de Bir Hakeim le 27 mai…. Ces plans ont été déjoués grâce à la splendide résistance opposée par la garnison qui a repoussé l’ennemi en lui infligeant de lourdes pertes…. Pendant plus de 2 semaines cette force réduite a combattu la 90ème division légère Allemande et la division Italienne motorisée Ariete, a repoussé de nombreuses attaques de chars Allemands et Italiens et rendu impossible la réalisation des plans de l’ennemi….. Les Nations Unies se doivent d’être remplies de gratitude et d’admiration à l’égard de la 1ère Brigade des Forces Françaises Libres et de son vaillant Général Koenig". Le 15 juin, le Général Brooke, Chef d’Etat Major de l’Empire, dans une longue lettre adressée au Général Koenig écrit notamment : "Mon cher général, Je désire vous adresser l’expression de mon admiration pour le magnifique combat des Forces Françaises Libres à Bir Hakeim. Pendant seize jours l’ennemi a usé de tous les moyens en son pouvoir pour réduire la garnison. Presque continuellement attaquée par les chars, l’artillerie lourde et l’aviation, les héroïques Forces Françaises Libres ont repoussé tous les assauts et refusé avec mépris toutes les demandes de capitulation. Par leur volonté et leur ténacité indomptables, non seulement elles ont imposé à l’ennemi un retard des plus préjudiciables, mais elles ont infligé aux troupes de l’Axe de lourdes pertes. De tels exploits prolongent les plus nobles traditions de la France et ne manqueront pas de faire vibrer les cœurs de tous vos compatriotes, bien plus, de tous les peuples libres. Permettez-moi, au nom de l’Armée Britannique, de vous témoigner ma sincère admiration pour la vaillante force d’âme dont a fait preuve ce premier groupe des Forces Françaises Libres sous les ordres du général Kœnig". Enfin, en France occupée, des journaux clandestins relatent avantageusement les combats de la 1ère BFL. La population, opprimée, relève la tête et reprend espoir. Des maquis s’intitulent Bir Hakeim. Un vent d’espérance est né, car pour la 1ère fois depuis l’armistice de 1940, la nouvelle armée Française s’est confrontée directement avec les soldats Allemands de Rommel, lequel après la bataille témoigna de son respect pour les défenseurs de Bir Hakeim et de son chef le Général Koenig, en écrivant dans ses mémoires : "La preuve est faite qu’un chef décidé à ne pas jeter le fusil après la mire à la 1ère occasion peut réaliser des miracles même si la situation est apparemment désespérée".

Mesdames et Messieurs je vous remercie de votre attention et vous invite à présent à prendre connaissance de l’Exposition.