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Cinéma Sans Frontières

Vendredi 10 FÉVRIER 2012 - LA BOMBE

Publié le mercredi 1er février 2012

20h30 Cinéma Mercury - 16 place Garibaldi - Nice

Film de Peter Watkins

G-B - 1965 - 50’ - vostf

10ième Festival annuel autour du thème : Cinéma et Censure(s)

Une bombe nucléaire tombe dans le comté de Kent en Grande-Bretagne. C’est la panique. Des milliers de morts immédiates. La clarté insoutenable fait fondre les globes oculaires. On brûle les cadavres et on achève les blessés dans les rues. Les stocks de nourriture saine sont pris d’assaut par les pillards. On interviewe les survivants hébétés à qui la Protection Civile conseille d’emporter leur Livret de caisse d’épargne avant de rentrer dans les abris...

Commande officielle de la B.B.C., ce stupéfiant "documentaire d’anticipation", sur le déclenchement de la guerre atomique, ressemble à une version filmée de La Guerre des mondes d’Orson Welles construite à base de pseudo-images d’archives. Cinglante diatribe contre les silences du pouvoir, la diffusion de La bombe a été uniquement autorisée au cinéma par crainte que le film déclenche un vent de panique et pousse les spectateurs au suicide. La Bombe a obtenu l’Oscar du documentaire aux États-Unis et le Grand prix du court métrage à la Mostra de Venise. La B.B.C. a interdit sa diffusion télévisuelle dans le monde entier jusqu’en août 1985.

Après des études d’art dramatique à l’Académie Royale de Londres (RADA), Peter Watkins passe à la réalisation avec deux essais prometteurs : The Diary of an Unknown Soldier (1959), reconstitution d’une tranchée anglaise de 1916 dans la campagne british, et The Forgotten Faces (1961) sur le soulèvement de Budapest en 1956. En 1963, il est engagé à la B.B.C. et y réalise deux films très controversés, La Bataille de Culloden (1964) et surtout La Bombe (1966), censuré sur le petit écran anglais, mais qui le fera connaître dans le monde entier. Devenu un spécialiste de la politique-fiction, ses opus suivants se signaleront de plus en plus par la virulence de leurs attaques : Privilège (1967) sera un des premiers films à évoquer les arcanes du rock, Les Gladiateurs évoque l’amour immodéré des peuples pour les jeux et Punishment Park (1971), son deuxième film américain, imagine une sorte de goulag made in USA où les jeunes contestataires servent de cible à la police. Avec Edvard Munch, la danse de la vie (1976), le jeune "homme en colère" renouvelle son style en apportant une dimension nouvelle au genre de la biographie d’artiste. En 1977, il dénonce à nouveau, avec Force de frappe, la course aux armements nucléaires, sujet qui lui inspirera une odyssée de 14 heures tournée sur trois ans, Le Voyage (1987).

Peter Watkins s’explique : J’ai réalisé La Bombe à une époque où le gouvernement anglais (et la B.B.C.) faisait l’apologie de la force de dissuasion nucléaire. La propagande officielle assurait la population que les mesures prises par la Protection Civile en Grande-Bretagne ­ une farce aux bonnes intentions ­ permettraient au pays de pouvoir se relever après une guerre nucléaire totale. Juste avant de démarrer le tournage du film, j’ai envoyé le scénario au British Home Office (l’équivalent de notre Ministère de l’Intérieur, NDR), institution gouvernementale en charge du Programme de Protection Civile. J’avais dans l’idée de leur poser des questions sur la localisation des abris anti-atomiques en Grande-Bretagne. Le British Home Office a appelé la chaine en état de panique et, dès lors, la B.B.C. a tout fait pour m’empêcher de tourner ­ les prises de vue ont duré quatre semaines, et le tournage s’est déroulé au printemps 1965. Une fois le montage de La Bombe achevé, la B.B.C. a saisi le film pour statuer sur son sort. A partir de ce moment-là, on ne m’a plus donné une information sur ce qui se passait.Par la suite, j’ai appris que les pontes de la B.B.C. avaient, en septembre 1965 et par deux fois, secrètement projeté le film aux membres du Cabinet du Premier ministre d’alors, Harold Wilson, et les avaient invités à donner leur opinion sur le bien fondé de sa diffusion à la télévision britannique. Avaient été aussi conviés à ces projections, le British Home Office, le ministère de la Défense nationale et le Post Office (le CSA anglais, NDR). En agissant de la sorte, la B.B.C. avait violé sa Charte d’Indépendance. J’ai donc immédiatement remis ma démission, et j’ai informé la presse de cette affaire. Ignorant les milliers de lettres des téléspectateurs et les injonctions de nombreux notables qui demandaient que La Bombe soit diffusé, la B.B.C. a décidé, en novembre 1965, de bannir le film. Face à la montée de la protestation populaire, la B.B.C. s’est résolue, en février 1966, à organiser six projections exceptionnelles de La Bombe au National Film Theatre à Londres. Seuls étaient invités, toutefois, les membres de l’establishment et des journalistes pro-nucléaires. Les autres, à savoir le reste de la presse et le public, ne pouvaient pas accéder à la salle, un cordon de sbires de la B.B.C. leur en interdisant l’accès. Avec ce documentaire, je n’ai pas cherché à exagérer l’horreur de la situation. Si La bombe choque le spectateur, ce n’est pas parce qu’on a eu recours à des effets de terreur, mais parce qu’il voit pour la première fois, avec l’évidence de l’image, ce qu’il ne veut pas voir et ce qu’on ne lui laisse pas voir.


Présentation du film et animation du débat avec le public : Philippe SERVE

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