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Cinéma Sans Frontières

VENDREDI 31 JANVIER 2014 - GOSSES DE TOKYO

Publié le mercredi 29 janvier 2014

20h30 Cinéma Mercury - 16 place Garibaldi - Nice

Yasujirô Ozu

Japon - 1932 - 1h29 - noir et blanc, muet

La famille Yoshi déménage d’Azabu pour s’installer dans la banlieue de Tokyo où le père a trouvé un nouvel emploi. Ryoichi (dix ans) et Keiji (huit ans) font l’école buissonnière et se lient avec Taro, le fils du patron de leur père. Premier sermon du père, le soir, pour qui « ce n’est pas ainsi qu’on devient des hommes importants ». Ce petit employé, soucieux des apparences, ne souhaite rien tant que de voir ses fils occuper une situation élevée. Mais ceux-ci sont d’une autre trempe et lorsqu’ils découvrent dans un film amateur que leur père, pour complaire à son patron, ne cesse de faire le pitre devant la caméra, ils quittent la séance furieux. De retour à la maison, ils apostrophent violemment celui-ci et décident, raidis dans leur dignité, qu’ils ne mangeront plus rien, si c’est à ces pitreries qu’ils doivent leur nourriture. Suite aux vaines tentatives de la mère, Yoshi réussit à leur faire entendre raison. Réconciliés, ils se retrouvent pour le repas familial. Les enfants admettent la déférence de leur père envers son patron et scellent leur amitié avec Taro, le fils de ce dernier.

Gosses de Tokyo, l’un des tout premiers longs-métrages de Yasujirô Ozu, ressort en salles en France dans sa version muette sans accompagnement musical. A l’origine, comme tous les films muets japonais, le film était accompagné par un Benshi, bonimenteur dont la popularité dépassait celle des acteurs de cinéma. Un film drôle et tendre qui porte en germe l’oeuvre à venir du grand cinéaste japonais, où flotte un insondable mystère. En 1959, Ozu fera un remake de Gosses de Tokyo, intitulé Bonjour

Depuis longtemps, le plus célèbre magazine japonais sur le cinéma, Kinema Jumpo, récompense le meilleur film de l’année. Gosses de Tokyo fut primé en 1932. Gosses de Tokyo fut très populaire au Japon, en particulier grâce au jeune Tokkan Kozo qui joue Keiji, le cadet. Pourtant la société de production prit peur - sans doute à cause du côté social trop appuyé du film - et en retarda la sortie : "L’idée du film est née de faire un film d’enfants : on commençait avec les enfants, et on finissait avec les adultes. A l’origine, ce devait être une comédie gaie, mais finalement, ce fut une histoire triste [...], et le film n’est sorti que deux ans après la fin du tournage", explique ainsi le réalisateur. Après la crise de 1929, Yasujiro Ozu réalisa plusieurs films -dont Gosses de Tokyo- qui n’est que l’un des quatre films qu’il réalisa en 1932.

Gosses de Tokyo associe la satire sociale à la connivence humaniste, sur le mode de la comédie naturaliste. Même si le registre deviendra ensuite moins drolatique, le cinéaste s’attache déjà ici à la vie quotidienne, familiale et sociale de gens du peuple : une thématique qui marque l’intégralité de son oeuvre. Même si la forme s’épurera ultérieurement jusqu’au minimalisme, Ozu économise déjà ici les effets et procédés cinématographiques.

Il faut donc voir ou revoir Gosses de Tokyo avec cette idée en tête. Une oeuvre de jeunesse inspirée du cinéma burlesque américain dont Ozu était un fervent admirateur - situations cocasses, grimaces, bagarres, accumulation et répétitions de gags… -, influencé par les desiterata des studios de cinéma de Tokyo, mais avec déjà un langage et une sensibilité uniques qui font de l’histoire de ces deux gosses en révolte contre leur père un film jubilatoire, un bijou de finesse comique. Les deux gamins de 8 et 10 ans, souffre-douleur d’un chef de bande, décident de faire l’école buissonnière.Vertement réprimandés par leur père, ils s’aperçoivent que celui-ci, simple employé, est obligé de se soumettre à l’autorité de son patron jusqu’à se ridiculiser devant lui. Aussitôt les deux enfants entament une grève de la faim. Car si devenir quelqu’un d’important dans la société, comme le prêche le père, revient à faire des courbettes devant son chef, alors à quoi bon… (Eugène Green)

A l’occasion de ce film, Ozu a réuni et assemblé au sein d’une forme presque parfaite les divers éléments qui constituent son style et sa vision de l’existence. Le film est un Shomin –geki [genre de cinéma, typiquement japonais qui porte principalement sur les réalités quotidiennes du peuple] qui met en lumière la rigidité de la société japonaise. Il tourne autour d’une unité familiale, mais les divers membres de cette unité intéressent Ozu plus que l’unité elle même. Et il met en scène des enfants qui renvoie involontairement l’image d’une société d’adultes, basée sur la duplicité des rapports. Mais Ozu va plus loin en suggérant qu’une telle innocence ne peut se poursuivre indéfiniment ; les deux petits garçons ne seront plus jamais les mêmes. Plus tard Ozu comprendra qu’une certaine forme d’innocence revient avec l’âge et il célébrera cette nouvelle simplicité meurtrie dans de nombreux portraits de vieillards qui réussiront à conserver dans ce monde froid une forme de pureté ; mais à quel prix ! Dans ce film de 1932, si brillant et si drôle, Ozu n’a pas encore jugé nécessaire de comprendre que l’innocence peut, d’une certaine manière, être reconquise. (Extraits du livre de Donald Richie : Ozu trad. française Pierre Maillard . - Genève : Lettre du Blanc, 1980).

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Présentation du film et animation du débat avec le public : Josiane Scoleri

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