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Cinéma Sans Frontières

VENDREDI 30 et 31 MARS 2012 - DEUX SOIRÉES JAPON : DOUBLE SUICIDE À AMIJIMA et OSEN LA MAUDITE

Publié le mardi 28 février 2012

20h30 Cinéma Mercury - 16 place Garibaldi - Nice

Double Suicide à Amijima : film de Masahiro Shinoda

Japon - 1969 - 1h45 - vostf

Osen La Maudite : film de Noburu Tanaka

Japon - 1973 - 1h19 - vostf

Double Suicide à Amijima :

Jihei est un petit marchand de papier dont les affaires ne fonctionnent pas très bien. Il est marié à Osan dont il a des enfants, mais entretient depuis des années une relation avec une courtisane qu il promet de racheter régulièrement. Leur relation est malheureusement sans avenir et les deux amants décideront de mourir ensemble un soir à Amijima.

En 1966, après les démêlés qu’il eût avec le studio lors de la réalisation de La guerre des espions , Shinoda décide de quitter la Shokiku (a l’instar d’Oshima et Yoshida) pour fonder sa propre maison de production de façon à pouvoir réaliser ses films de manière totalement indépendante. C’est ainsi qu’il fonde la « Société d’expression (Hyogen Sha) ». C’est dans ce contexte et en association avec la société Nihon Art Theater Guild que Masahiro Shinoda met en scène en 1969 ce Double suicide à Amijima qui tient autant du théâtre filmé que de l’œuvre de cinéma d’avant-garde voire expérimental. Le film qui s’inspire d’une œuvre de Monzaemon Chikamatsu écrite pour le bunraku (théâtre traditionnel de marionnettes japonais) s’ouvre sur la préparation d’un de ces spectacles avec en voix off, Shinoda discutant avec sa scénariste de certains points concernant le film et notamment la scène de suicide. Le film lui-même se déroule en grande partie dans des décors stylisés chargés d’une forte symbolique. Le champ est constamment traversé des ’kuroko’ (assistants habillés de noirs aidant les acteurs sur scène et manipulant les marionnettes au bunraku) qui prennent régulièrement part à l’action. Si le sujet et le scénario ne sont pas des plus originaux (le thème du double suicide est traité dans le théâtre japonais depuis le XVIIème siècle et a été traité de nombreuses fois au cinéma), tous ces éléments concourent à faire du film une œuvre tout à fait à part, fascinante et déstabilisante (surtout pour le public occidental peu habitué aux formes théâtrales japonaises). Shinoda réussit le tour de force, non seulement de réaliser un film étonnant avec un budget des plus restreint et un scénario de base mainte fois revisité dans le cinéma nippon, mais aussi de surprendre et de réinterpréter ce matériau original pour en faire une réflexion sur le destin (ici matérialisé par les kurokos qui manipulent les acteurs comme ils manipuleraient des marionnettes). Les amants n’ont de cesse de fuir ce destin qui s’impose à eux, qu’ils se sont imposé en s’aimant au-delà des lois qui régissent la société médiévale dans laquelle ils vivent. Ils n’ont de cesse de fuir cette mort qu’ils se sont imposé (Koharu le dit clairement au « samouraï », mais tout le drame final vers le cimetière et le lieu où les amants mourront illustre ce dilemme – les amants reviennent continuellement sur cette mort qu’ils redoutent et ont pourtant choisie). Les kuroko les suivent durant tout ce cheminement comme pour s’assurer que le destin s’accomplit, n’hésitant pas à les guider vers ce double suicide qui ne peut qu’être l’aboutissement de leur amour... Ainsi, ce sont eux qui dresseront la potence pour Jihei… Même si sa carrière n’a pas eu la renommée de celles de ses illustres contemporains, Masahiro Shinoda se pose en fin esthète (...) Cet esthétisme poussé parfois au profit de l’histoire n’en appauvri pas la force, au contraire, elle la renforce ; il est vecteur de signification et porte l’histoire en lui...(Christophe Buchet)

Osen La Maudite :

Hier grande courtisane de Yoshiwara, Osen n’est plus aujourd’hui qu’une prostituée des bas-fonds surnommée “Osen la maudite”. Tombée dans l’enfer des prostituées, elle a su pourtant garder sa fierté de grande geisha et affronte sa destinée avec une vaillance surhumaine.

Maître incontesté du roman porno Nikkatsu au même titre que Tatsumi Kumashiro, Noboru Tanaka est surtout cité pour son exceptionnel portrait en huis-clos étouffant des mythiques amants jusqu’au-boutistes de La véritable histoire d’Abe Sada (1975). Il est également connu pour son splendide Marché sexuel des filles (1974), tourné en extérieurs à Kamagazaki, et son adaptation de l’univers ero-guro d’Edogawa Rampo La Maison des perversités (1976). Alors que la récente édition d’un inédit, le sadien Bondage (1977), est venue compléter l’esquisse d’une œuvre ayant sut résister à l’érosion d’un genre jusqu’à son dernier sursaut avec Monster Woman ’88 (1988). Osen (Rie Nakagawa), jadis courtisane de luxe à Yoshiwara, le plus célèbre quartier de plaisirs d’Edo, n’est désormais plus qu’une simple “jorô” (prostituée de rue) arpentant les bas fonds de la ville ; victime de sa réputation suite à la mort suspecte de trois de ses anciens clients. Flanquée de Tomizo (Akira Takahashi), un mari joueur, buveur et voleur qui n’hésite pas à la vendre au plus offrant, elle affronte l’existence avec la grâce résignée due à son ancien rang. Croisant un jour la route d’un jeune marionnettiste de bunraku qui tombe éperdument amoureux d’elle, l’espoir d’une vie meilleure à laquelle elle refuse de croire semble se dessiner à l’horizon...

Avec Osen la maudite, Tanaka poursuit une exploration de la beauté convulsive de ces femmes pleines de vitalité dont l’expressivité amoureuse ne souffre d’aucune limite, pas même la mort (...) Véritable esthète et maître de la couleur, Tanaka, qui bénéficie encore à l’époque des fastueux décors et costumes du studio Nikkatsu, de par sa mise en scène fluide et inventive, théâtralise magnifiquement cette créature de mauvaise vie, qui ne se départ jamais de sa dignité malgré les pires humiliations. Si Osen n’était aussi décomplexée dans ses débordements érotiques en phase avec l’époque, on pourrait presque la confondre avec l’une des tragiques héroïnes de Mizoguchi. Mais en réalité, de par sa marginalité en rupture avec la société, son réalisme désenchanté et l’instrumentalisation assumée de son corps comme expression libertaire, Osen serait plutôt cousine des femmes d’Imamura. N’oublions pas que Tanaka fût assistant sur le premier film indépendant du maître, Le pornographe (1966), véritable manifeste du plaisir sexuel.

L’autre trace d’influence significative chez Tanaka, s’exprimant davantage d’un point de vue esthétique, fût celle de Seijun Suzuki, auprès de qui il fût également assistant sur Histoire d’une prostituée (1965) et Histoire d’Akutaro, né sous une mauvaise étoile (1965) ; sans oublier sa présence préalable dans les renforts de La barrière de chair (1964). Ainsi l’on retrouve ce sens de la théâtralité qui transpire, notamment dans le superbe travelling latéral décrivant le retour miraculeux à la vie de Tomizo que l’on croyait mort après avoir été projeté d’une falaise. Celui-ci tel un revenant, le doigt amputé encore saignant, avance, hagard, devant les corps terrifiés, abattant les cloisons des fusuma à reculons, finissant par s’empiler au fond de la pièce baignée d’un clair obscur, dans un enchevêtrement de chair grotesque et surréaliste. Tanaka par ce moment de bravoure montre aussi qu’il est un véritable cinéaste d’intérieur, se jouant habilement dans sa mise en espace des limites du confinement pour exprimer l’intimité suffocante de lieux clos. On y retrouve également le motif récurrent du voyeurisme cher à l’auteur de la Maison des perversités.

Osen la maudite, bien que déjà son huitième film, se rattache aussi par certains aspects aux débuts du cinéaste, fortement marqués par l’empreinte du surréalisme français qu’il cultive avec bonheur. Ainsi la superbe séquence onirique scellant la rencontre amoureuse entre le jeune marionnettiste vierge, devient un théâtre d’ombres et de formes onirique dans lequel se confond fantasme du jeune homme, désirant une femme à l’image d’une poupée, et représentation d’une pièce classique du bunraku, dans un jeu de substitution des corps et des formes parfaitement restitué par le montage. A l’instar du coït final de Tomizo et Osen, l’érotisme de Tanaka tient davantage de Bataille, chez qui l’expression ultime s’épanouit dans la mort, que des jeux de cordes de bourgeois complexés en mal de turpitudes d’un Masaru Konuma. Les qualités plastiques même d’Osen la maudite participent à mettre en scène cet érotisme, dont l’expressionnisme cherche constamment à fuir la médiocrité du réel (...) Osen la maudite est aussi l’occasion de découvrir l’actrice Rie Nakagawa, recrutée dans le milieu du cinéma pink l’année précédente, et qui fît ses débuts à la Nikkatsu dans le premier film de Tanaka dans le rôle d’une épouse frigide à la sexualité tourmentée dans Goutte sur pétale (1972). Moins emblématique que Mari Tanaka ou charnelle que Junko Miyashita, sa beauté classique convient pourtant parfaitement à l’incarnation du monde flottant d’Edo, tout droit sortie d’une estampe, arborant un large visage d’une rondeur potelée et portant avec élégance la coiffure sophistiquée des courtisanes. Film essentiel à la filmographie de Tanaka même s’il n’en est pas le chef d’œuvre, Osen la maudite conjugue avec maestria sexe et mort, violence et passion, souillure et pureté, beauté et laideur, tristesse et mélancolie dans un halo onirique et fantastique caractéristique du style Tanaka. Un indispensable destiné autant au curieux qu’au passionné. (Dimitri Ianni pour Sancho does Asia, revue électronique des cinémas d’Asie et d’ailleurs)


Présentation du film et animation du débat avec le public : Philippe Serve

Débat en présence de Agnès Giard

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