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Cinéma Sans Frontières

VENDREDI 29 AVRIL 2016 : BLIND SUN

Publié le lundi 25 avril 2016

20h30 Cinéma Mercury - 16 place Garibaldi - Nice

Film de Joyce A. Nashawati

France, Grèce - 2015 - 1h28 - vostfr

Grèce. Futur proche. Une station balnéaire frappée par une vague de chaleur. L’eau se fait rare et la violence est prête à exploser. Ashraf, immigré solitaire, garde la villa d’une famille française en son absence. Dans ce paysage aride, écrasé par le soleil, il est arrêté par un policier pour un contrôle de papiers…

En présentant le point de vue et les conditions d’un migrant, Blind Sun devient malgré lui un film d’actualité mais, malgré son final énigmatiquement politique, la réalisatrice se refuse le film social ou engagé pour préférer le film de genre. De ce fait, elle pénètre d’emblée l’esprit de son personnage pour faire de ses hallucinations une réalité alternative onirique, donnant ainsi naissance à une œuvre sensible, sensitive et, dans la complémentarité, sensorielle. Le monde se pare d’allures inquiétantes, menaçantes, tant bien par le scénario qui oscille entre horreur et thriller que par une plastique sur tous points intéressante. Joyce A. Nashawati confronte les éléments et brouille les pistes, l’eau apparaît presque huileuse à l’image, le vent frappe le design sonore mais ne rafraîchit pas pour autant les tons chauds saturés du décor, de l’image, et les brûlures du soleil en bord de cadre. Avec ses puissants oxymores visuels et sonores, Blind Sun s’affiche comme un film d’atmosphère particulièrement réussi, contaminant le spectateur jusqu’à lui communiquer ses débuts d’allures poisseuses, l’invitant à transpirer à son tour sous le soleil, une subjectivité notamment servie par le fabuleux travail sur les matières. L’identification au personnage d’Ashraf est totale grâce au partage des sens et s’étend jusque dans son cauchemar, l’œuvre est marquée par ce climat poisseux, cette angoisse permanente d’un homme dans un pays qui n’est pas le sien, poursuivi par des ombres qui semblent lui reprocher ce dont il n’est pas coupable. L’étau se resserre autour d’Ashraf assoiffé, comme du spectateur qui ne voit aucune issu à ses déboires. La dystopie caniculaire pousse l’exercice de style particulièrement réussi à son paroxysme, c’est la plastique et l’univers qui portent le film. (Cinephilia.com)

Blind Sun est le premier long métrage de Joyce A. Nashawati, qui a par le passé réalisé trois courts métrages : Le Parasol (2008), La Morsure (2009) et La Permission (2013). La réalisatrice voit ses quatre films comme étant tous baignés par ce qu’elle appelle "l’inquiétante étrangeté", soit un sentiment de malaise qui provient de l’incertitude et qui crée un suspens diffus. Le film a été tourné à Thessalonique, où Joyce A. Nashawati a vécu. La Grèce est une inspiration esthétique pour la cinéaste car le temps y est très sec et les forêts brûlent fréquemment. Sa première impulsion pour Blind Sun vient d’ailleurs de quelque chose qu’elle a vécu alors qu’elle était en vacances dans ce pays : un incendie de forêt qui était si proche d’elle que des cendres se posaient sur la plage où elle se trouvait. Le ciel était rouge et il y avait un contraste saisissant entre ce décor de vacances et un sentiment de fin du monde. Blind Sun est un film d’atmosphère possédant une mise en scène sensorielle et énigmatique. Joyce A. Nashawati explique : "Le spectateur est censé « se perdre » dedans… Le film se veut un cauchemar pour Ashraf, le personnage principal, dans lequel il s’enfonce doucement jusqu’à perdre pied, entraînant le spectateur dans son vertige. Pour cela, le travail sur le son est important, tout ce qui est off, suggestif, le bruit des insectes par exemple ; tout comme l’impression de chaleur dans la matière-même de l’image, un sentiment d’errance, le temps qui semble comme arrêté… Toutes choses qui relèvent effectivement du « sensoriel »."

Le soleil omniprésent est presque le second héros du film. Joyce A. Nashawati a voulu que les intérieurs soient dans la pénombre, en contraste avec l’extérieur. En compagnie de son directeur de la photographie Yorgos Arvanitis, la réalisatrice a joué sur les percées à travers les rideaux, les stores, pour que les rayons du soleil soient perçus comme une agression, un siège. La lumière grecque étant tout au long de l’année plus claire, sèche, vive, comme si elle clarifiait l’esprit, Nashawati et Arvanitis ont un peu triché pour la rendre "dark par densité", comme pendant un mois d’août interminable. Elle explique : "On a travaillé pour que le soleil devienne l’ennemi d’Ashraf. C’est pour cela que j’ai choisi une maison de verre, un aquarium en quelque sorte, pour pouvoir créer un jeu avec les rideaux par exemple. Je tenais au maximum à ce que le contraste soit très grand entre l’intérieur et l’extérieur. Que le soleil s’engouffre violemment dès qu’on ouvre une porte. On a travaillé le grain de l’image en postproduction pour qu’on ait l’impression qu’on est face à une pellicule, pour qu’on retrouve quelque chose d’organique." La crise terrible que traverse la Grèce a eu un impact sur le tournage. Ainsi, Joyce A. Nashawati se rappelle que les fournisseurs étaient aux abois, les techniciens très appauvris et les décors peu chers… Elle poursuit : "Le cinéma grec n’est pas une véritable industrie. Il est basé sur le sens de la débrouille de producteurs qui aiment l’aventure risquée de la fabrication d’un film. C’est un cinéma dépendant des co-productions, ce qui peut créer une sorte de néocolonialisme si ça se passe mal ou une rencontre culturelle passionnante quand ça se passe bien…" Joyce A. Nashawati note qu’il y a deux types de musique dans Blind Sun. Les morceaux qui participent à l’action, qu’elle voulait rétro et hantés en résonance avec les thèmes du film, et la musique originale qui avait pour but de créer un sentiment d’étrangeté tout en évitant de trop surligner le malaise du personnage.


Présentation du film et animation du débat avec le public : Bruno Precioso

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