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Cinéma Sans Frontières

VENDREDI 26 SEPTEMBRE 2014 - COMRADES

Publié le lundi 22 septembre 2014

20h Cinéma Mercury - 16 place Garibaldi - Nice

Bill Douglas

UK - 1987 - 3h20 - vostf

Grande-Bretagne, Dorset, 1834. George Loveless et ses amis, laboureurs à Tolpuddle, sont de plus en plus exploités par les propriétaires terriens, avec la complicité du clergé. Ils s’organisent pour revendiquer des hausses de salaires, et créent en secret la Société Amicale des Laboureurs. Dénoncés par un propriétaire, six d’entre eux sont condamnés à la déportation en Australie. Devenus très populaires et hérauts d’une classe de plus en plus pauvre, ils deviennent les « martyrs de Tolpuddle ».

De l’Ecossais Bill Douglas, décédé en 1991 mais dont la France exhume les longs-métrages depuis quelques mois, on avait découvert la trilogie consacrée à sa jeunesse tournée dans les années 1970 (My Childhood, My Ain Folk et My Way Home). Restait ce Comrades, sorti en catimini au cœur de l’été 1987 au Royaume-Uni, son ultime film, qui se pose clairement en chef-d’œuvre maudit.

La réalisation de Comrades fut particulièrement longue et frustrante. Non seulement il fallut huit ans à Bill Douglas pour arriver à tourner le film (avec un faux départ de dernière minute en 1984 alors que les techniciens et les acteurs avaient été engagés) mais, le tournage dépassant largement le budget, le processus de montage s’avéra long et stressant pour Bill Douglas et ses financiers. Quand le film sort enfin en 1987, malgré de bonnes critiques, il est montré sur un nombre très limité d’écrans en Grande-Bretagne.

Bill Douglas commença à travailler sur le scénario de Comrades en 1979 avec un financement unique reçu de Mamoun Hassan de la National Film Finance Corporation. Il s’explique sur son travail d’écriture : J’écris d’un seul jet une première version. Puis je recommence en me basant sur cette première version.Je ne corrige pas la première, je réécris entièrement une deuxième version en ajoutant ou supprimant des éléments. Ça évolue. Puis je recommence une troisième fois jusqu’à ressentir que l’idée de départ est bien là. Je travaille de longues heures d’affilée. Cela m’aide, car il est important pour moi, quand j’écris la trentième page, d’avoir bien à l’esprit le contenu de la première page - sinon je peux perdre le fil. C’est ma méthode. Je me lance à 9 heures le matin et termine vers 18 heures, sans pause, sans manger, sans même une tasse de thé, pour bien garder l’esprit général en tête. Si je bloque, je ne mets pas de point mais une virgule, je laisse mon travail ouvert. Je fais d’autres choses et c’est ainsi qu’une idée me vient. Cela me permet d’y revenir le lendemain matin à 9 heures.

La NFFC et Jeremy Isaacs de Channel Four défendirent ensuite le projet en participant de façon importante au budget. Le premier producteur du film fut Ismail Merchant (Chambre avec vue, Retour à Howards End, Les Vestiges du jour de James Ivory). Il obtint un financement du distributeur Curzon qui permit de boucler le budget. Le tournage était prévu pour octobre 1984. Suite à un fort désaccord avec Ismail Merchant, Douglas refusa de travailler avec lui. Dans une lettre à Channel Four, il s’expliqua sur ses raisons : « Clairement, il n’a pas confiance en moi ni dans le scénario et je n’ai donc plus aucune confiance en lui. Il a piétiné le projet tout du long en n’ayant jamais rien à dire de positif à quiconque. » Merchant quitta donc le projet et fut remplacé par Simon Relph qui avait déjà produit, entre autres, Reds de et avec Warren Beatty.

Le tournage démarra en septembre 1985. Un tournage long et difficile, en particulier la partie australienne. Des conditions climatiques déplorables occasionnèrent un dépassement de budget et un retard dans le plan de tournage. Douglas en fut très affecté. La menace toujours présente d’un arrêt du tournage l’angoissait et le frustrait tout en sapant sa motivation. Les acteurs ressentaient aussi cette pression. Ils discutèrent même ensemble de la possibilité de finir le tournage sans être payés, mais les dépassements de budget furent finalement couverts. Simon Relph admit par la suite que le tournage en Australie s’annonçait très serré et que le budget australien n’avait pas été assez travaillé en amont.

Le montage était fait en parallèle au tournage par Bill Douglas et Mick Audsley. Un premier montage de 3 heures et 35 minutes fut considéré comme trop long par les financiers. Douglas fidèle à sa vision artistique essaya de résister aux pressions. Épuisé par des mois de travail et par la perspective du départ prévu de Audsley, Douglas baissa les bras et commença à travailler sur un nouveau montage plus court avec l’aide de Mike Elis. C’est ce montage qui fut présenté au Festival de Londres en 1986. Toutefois, selon Douglas, ce montage mettait en péril le délicat équilibre de la structure narrative du film. Simon Clayton fut appelé en renfort pour un troisième montage. Douglas put réintroduire des éléments supprimés de la première version sans réellement changer la longueur du film. C’est cette version approuvée par Douglas qui sortit en août 1987. Et c’est cette version (à l’exception de la suppression de l’entracte remplacé par un fondu avant le panorama du voyage en Australie) approuvée par le producteur qui est maintenant présentée en France dans une version restaurée.

Les martyrs de Tolpuddle étaient un groupe d’ouvriers agricoles déportés en Australie en 1834 pour s’être rassemblés en une forme de syndicat. Leur histoire est racontée du point de vue d’un montreur de lanterne magique itinérant, qui joue une multitude de rôles, tous interprétés par le même acteur. Pour chaque rôle, le forain utilise un appareil optique différent, issu du début du xixe siècle, quelques années seulement avant l’apparition de la photographie : Je collectionne les objets précinématographiques. Je savais qu’un jour j’utiliserais ces objets magiques dans un film. L’idée m’est venue de confier le rôle du narrateur à un lanterniste itinérant joué par Alex Norton. Il apparaît aussi sous les traits d’une douzaine de personnages. A chaque apparition correspond une machine optique. J’ai essayé d’inclure toutes les machines optiques de divertissement connues : de l’ombre portée sur un mur en passant par le diaporama jusqu’au début du cinéma.

Dans ce scénario, comme à son habitude, Bill Douglas refuse de tomber dans une forme classique. Ses textes s’apparentent plutôt à des kino romans ou à des poèmes en prose. Ils décrivent la façon dont chaque scène doit apparaître à l’écran. Il peaufine le scénario de Comrades pendant cinq ans avant de commencer à tourner, en 1985. Le film sort en 1987 et remporte un grand succès critique, mais il reste seulement six semaines à l’affiche dans le West End de Londres.

Interrogé sur les acteurs, Bill Douglas déclare : J’ai pensé que ce serait une mauvaise idée de confier les rôles des personnages principaux à des acteurs connus. Il n’y avait aucun intérêt à confier le rôle de George Loveless à Robert Redford, tout le monde n’aurait vu que Redford à l’écran. Les spectateurs n’auraient pas pu passer outre pour réellement voir le personnage de George Loveless. J’ai donc décidé d’engager des acteurs inconnus pour inviter les spectateurs à s’identifier aux personnages. Les acteurs connus, comme Vanessa Redgrave et James Fox, n’ont pas été engagés sur des considérations commerciales même si elles ont fini par peser. J’ai trouvé que c’était une bonne idée d’utiliser des stars de cinéma, les aristocrates de leur profession, dans les rôles des aristocrates de cette histoire. Elles étaient parfaites pour ces rôles... Je vois Loveless comme une sorte de saint. Je ne crois pas qu’il ait fait du mal à qui que ce soit. Ce n’était pas un rebelle. Il ne mettait pas le feu, il ne volait pas. Il a juste donné à l’humanité. C’était un être extraordinaire, un homme d’une profonde honnêteté. Un homme de Dieu dans le meilleur sens du terme. Si le film peut être considéré comme un hommage à ce genre d’homme, ça valait la peine de le tourner. Il est très difficile de faire un film sur des hommes qui ne sont pas motivés par la haine. Si j’écrivais un scénario de tripes et de sang, l’argent tomberait tout seul pour le faire. Mais avec un scénario sur un homme de bonté, proche d’un saint, il faut travailler très dur pour obtenir un financement...


Présentation du film et animation du débat avec le public : Bruno Precioso

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