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Cinéma Sans Frontières

VENDREDI 24 AVRIL 2015 : RÉVOLUTION ZENDJ

Publié le mercredi 22 avril 2015

20h30 Cinéma Mercury - 16 place Garibaldi - Nice

Tariq Teguia

Algérie - 2015 - 2h13 - vostf

En collaboration avec l’ADN

Ibn Battutâ est journaliste dans un quotidien algérien. Un banal reportage sur des affrontements communautaires dans le Sud algérien le conduit sur les traces de révoltes oubliées du 8e au 9e siècle sous le Califat Abbaside en Irak. Pour les besoins de son investigation, il se rend à Beyrouth, ville qui incarna durant plusieurs décennies toutes les luttes et les espoirs du Monde arabe. Ailleurs sur la carte, Nahla, une jeune palestinienne revient à Beyrouth sur les traces de son père, un militant nationaliste. En Irak sous occupation américaine, Monsieur Prince, entrepreneur multicartes voit grand et compte vite l’argent. Pour préserver ses revenus exponentiels, il se rend à Beyrouth. Tous se rencontreront. Mais du temps s’écoulera avant ces collisions, il y aura des ratages et des impasses, des éclipses et des fictions parce que les fantômes sont partout, parce que Beyrouth, la Babylone des révolutionnaires, n’est plus là que dans ses interstices. Bientôt, il faudra déserter Beyrouth en fuyards, se choisir un autre exil. Une ligne de fuite vers le Nord Ouest pour Nahla, vers l’Est et Bagdad, la Ville des villes pour Ibn Battutâ, reporter indécis maintenant au bord de lui-même, sidéré devant l’ampleur du Tigre, dérivant l’arme à la main sur un mashood dans les eaux du Chott el Arab, le Golfe arabo-persique à portée de main. L’Eden atteint ?

Zendj est le nom d’une rébellion oubliée, celle des esclaves noirs condamnés à assécher les marais de Bassorah dans le Bas Euphrate, contre le Califat abbasside du VIIIe au IXe siècle de l’’ère chrétienne, et écrasée en 879.De cette fureur libératrice, il ne reste pas grand-chose, hormis quelques noms - dont celui d’Ali ibn Muhammad, Maître des Zendj et révolutionnaire avéré - consignés par des chroniqueurs officiels soucieux d’en ternir la vérité, et de rares vestiges archéologiques exhumés de la splendeur aujourd’hui flétrie des marais mésopotamiens que l’imaginaire musulman, à l’aune de la Bible, identifie au jardin d’Eden, le lieu où la fin des oppressions sera rendue possible et le bonheur atteint. C’est de la recherche de cet indiscernable que le périple d’Ibn Battutâ sera fait, au motif d’un reportage au Proche-Orient qui s’avérera aussi évanescent que son objectif réel. Mais le voyage d’Ibn Battutâ n’a-t-il pas pour vocation de mettre en lumière ce qui justement a disparu ? Le journaliste, en se faisant le généalogiste des luttes perdues et oubliées, ne rappelle-t-il pas, à la suite des jeunes émeutiers algériens de Berriane, la nécessité de les reconduire et de les reformuler à l’aune des oppressions actuelles ? À ce stade, une question se pose : est-il envisageable d’entreprendre un film avec le désir de filmer la matière des spectres ?

Interrogé par Bertrand Loutte/Arte.tv sur la rétrospective intégrale qui est consacrée à son oeuvre au Centre Pompidou à Paris, Tariq Teguia confie que ...ce qu’organise le Centre Pompidou reste la manifestation la plus fournie, puisque y est présenté pour la première fois mon tout premier-court-métrage, Kech’Mouvement, qui n’avait pas tellement vocation à être vu, qui était plus pour nous, en 1993, la possibilité de faire l’expérience de la réalisation d’un film...Maintenant, Révolution Zendj n’est pas si ancien, sort en salles cette semaine, et il est intimement connecté aux deux précédents longs métrages. Et dans les courts, on peut trouver des éléments qui seront repris dans les longs, comme la question de l’espace, de la ruine récente, de l’enfermement. Les questions posées dans Ferrailles d’attente et La Clôture, on les retrouvera fatalement dans les premiers espaces arpentés dans Rome plutôt que vous. Même chose pour les acteurs : je n’avais pas revu Kech’ Mouvement depuis 20 ans, et je me suis rendu compte que certains des comédiens seront 12 ans plus tard dans Rome plutôt que vous. Ça m’a rappelé qu’il y avait une continuité sur tous ces points, que jamais je ne suis pas passé de but en blanc à quelque chose de différent. Et les longs métrages, ce sont assurément les trois panneaux d’un triptyque : Rome plutôt que vous c’est Alger et sa banlieue pendant la guerre civile, « la décennie noire » comme on l’appelle en Algérie, Inland ce sont les profondeurs du pays après « la guerre lente » ainsi qu’un mélange de très grande lenteur, de très grande vitesse et de très grandes profondeurs dans l’espace, et enfin Révolution Zendj c’est l’élargissement de la carte, où après avoir remis l’Algérie en Afrique je la connecte avec des espaces qui sont les siens, c’est-à-dire le monde méditerranéen et le monde arabe. Donc, sans vouloir sciemment me retourner sur ces films, je suis obligé de constater qu’ils sont intimement liés. Pendant les discussions et débats, on peut assez facilement passer de l’un à l’autre de ces films, ne pas les appréhender individuellement. Je n’ai jamais traité d’un sujet, tout cela c’est de la matière, et toute cette matière est inter-connectée. Ce sont des variations, des modulations...Dans Révolution Zendj, le journaliste voyage, traverse des espaces, regarde autour de lui, il se demande où en sont les sociétés arabes. Donc, après trois années de travail sur ce dernier film, ce n’était pas simple de relancer à nouveau la machine. Ça l’était d’autant moins que dans la question, il y avait « Tariq Teguia », et c’était bien ça qui posait problème. Comment faire un autoportrait où je n’apparaîtrais pas ? C’est à ça que j’ai travaillé : faire un autoportrait fuyant, à moitié là, comme le personnage du topographe dans Inland. Voilà, j’ai fait un autoportrait en creux, j’ai fait un autoportrait à la quatrième personne du singulier. Avec les souvenirs de la photographie américaine, Lee Friedlander en particulier. Il y a un sous-titre à ce film, c’est « Entre les mailles ». C’est-à-dire un sujet peu sûr de ses contours. J’ai refusé l’assignation, j’ai refusé l’état civil en quelque sorte. Certes on y entend ma voix, mais autant alors être un personnage de fiction. Comme dans les trois longs métrages, où les personnages principaux sont une projection, une démultiplication, un autoportrait multi-facettes, en fragments, de ce que je suis supposé être...

Le tournage de Révolution Zendj s’est déroulé dans différentes parties du monde : à Alger, Athènes, Thessalonique en Grèce, Beyrouth, en Irak et pour finir, à New York. Le réalisateur explique que "La création de ce film est aussi un paradoxe, car c’est un film qui parle de la persistance d’une possibilité de révolte, de la révolution, d’un refus de l’oppression. On l’a démarré avant même que commencent les premières émeutes qui ont donné lieu à la révolution tunisienne, avant les mouvements de renversement des régimes en Tunisie, en Egypte et au Yémen. Là est le paradoxe : nous avons commencé quelque chose, et avons continué alors que ça prenait forme devant nos yeux à Beyrouth. Le film qui explorait la possibilité du refus de l’oppression- c’était ça un peu une des thématiques du film - était surplombé par ce qu’il se passait en arrière-plan - puisqu’on écoutait la radio et regardait la TV pendant qu’on tournait le film à Beyrouth."

Le réalisateur Tariq Teguia a pris l’habitude de travailler avec des petits budgets. Sur son premier film Rome plutôt que vous, la production avait réuni une somme de 150 000 euros, ce qui est extrêmement réduit. Pour son second long-métrage Inland et le troisième Révolution Zendj, il double le montant, puisque environ 300 000 euros lui ont été accordés.

Révolution Zendj voit le jour en 2013, alors que la réalisation a débuté en 2010. Il aura fallu presque 3 ans pour que le long-métrage puisse atterrir dans les salles de cinéma en raison des difficultés de financement.

Révolution Zendj a obtenu le Grand Prix du Festival Entrevues de Belfort en 2013. La même année, il obtient le Grand Prix Janine Bazin. En 2014, il obtient le Prix Anno Uno au Festival International de Cinéma et d’Art de Trieste.


Présentation du film et animation dd débat avec le public : Bruno Precioso

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