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Cinéma Sans Frontières

VENDREDI 19 JUIN 2015 : SUD EAU NORD DÉPLACER

Publié le mercredi 17 juin 2015

20h30 Cinéma Mercury - 16 place Garibaldi - Nice

Antoine Boutet

France, Chine - 2015 - 1h50 - vostf

Le Nan Shui Bei Diao – Sud Eau Nord Déplacer – est le plus gros projet de transfert d’eau au monde, entre le sud et le nord de la Chine. Sur les traces de ce chantier national, le film dresse la cartographie mouvementée d’un territoire d’ingénieur où le ciment bat les plaines, les fleuves quittent leur lit, les déserts deviennent des forêts, où peu à peu des voix s’élèvent, réclamant justice et droit à la parole. Tandis que la matière se décompose et que les individus s’alarment, un paysage de science-fiction, contre-nature, se recompose.

Antoine Boutet est un réalisateur et plasticien français. Il expose pendant dix ans ses vidéos et installations, fabrique d’un espace urbain traversée de labyrinthes à fourmis, de ponts et canaux impossibles, de sites touristiques murés. Aujourd’hui, ses films documentaires renouvellent son travail sur la transformation politique du paysage et s’attachent à recueillir les traces d’un futur incertain. Zone Of Initial Dilution (2006) sur le barrage des Trois-Gorges en Chine, et Le Plein Pays (2009), portrait d’un ermite en France, ont été primés dans de nombreux festivals.

Interrogé sur l’histoire du tournage de son film Sud Eau Nord Déplacer, Antoine Boutet s’explique :"Au départ, il y avait une direction, suivre ce grand projet hydraulique partout dans le pays. Avec l’idée que le sujet se préciserait petit à petit autour d’éléments comme l’eau, le paysage, le politique, la révolte. Donc, le film s’est construit d’une année sur l’autre et il a suivi mon trajet, de l’isolement premier dans les paysages à la chaleur des rencontres. Peu à peu, on se dégage des chantiers oppressants pour atteindre la source des fleuves dans une zone tibétaine encore relativement intacte mais en sursis. Chaque session me permettait d’être mieux aguerri, de retourner sur des lieux, de privilégier des zones ou des thèmes nouveaux tout en restant attentif aux événements imprévus. Mon obsession était toujours la même, suivre le tracé du Nan Shui Bei Diao, regarder à la marge et être attentif à ce qui représentait ses contradictions, la puissance d’un côté, la fragilité de l’autre."

Mao Zedong a été le premier à émettre l’idée d’un transfert d’eau du Sud vers le Nord en Chine. C’était en 1952. Il aura pourtant fallu attendre 2002 et le projet Nan Shui Bei Diao (Sud Eau Nord Déplacer) pour voir ce gestionnaire d’eau être approuvé et lancé en construction. Le réalisateur précise : "L’État chinois a écrit un scénario-béton : le Nan Shui Bei Diao, une grille dictant et figeant toutes coordonnées, renversant les points cardinaux pour les accorder à leur désir. J’ai voulu aller à contre-courant de cette préfiguration – très concrètement en remontant le fleuve – et renverser à mon tour les perspectives : déjouer, contourner, en remodeler la géographie, accompagner et aller contre. Suivant un itinéraire balisé par le projet, il s’agissait de réinventer les chemins, de faire un film en marche. Bifurquer pour déborder le sujet, l’oublier, dériver pour le redéfinir ; être ailleurs, comprendre quelle digression peut me ramener à sa source. Le caractère inhumain du Nan Shui Bei Diao émerge par la confrontation de situations quotidiennes (un homme se baigne, un homme chante) aux pelleteuses imperturbables. S’il restitue la « réalité » du projet, Sud Eau Nord Déplacer n’est pas son commentaire. Le paysage m’a dirigé, le film s’y est adapté pour laisser émerger une histoire multiple issue du paysage, de ses accidents ; des déplacements, passant radicalement du Sud au Nord, de l’Est à l’Ouest, de la neige au sable, des montagnes aux souterrains, émerge un territoire imaginaire en marge du grand projet." Le projet Nan Shui Bei Diao, qui devrait se terminer vers 2050, a obligé plus de 350 000 personnes à être déplacées. Les 3 Voies en construction (Est, Centre, Ouest) s’étendront sur 4 350 km et desserviront 1,3 milliard d’êtres humains.

Si Sud Eau Nord Déplacer ne prend pas la même orientation que son premier reportage Le Plein pays, Antoine Boutet l’a réalisé dans le but de partir une nouvelle fois en terre inconnue et de partager son expérience. Il précise : "Observer un territoire, la matière du paysage qui devient matière du film puis petit à petit approcher les hommes : mon trajet est celui du film."

Sud Eau Nord Déplacer est un film aussi bien informatif que politique qui met en avant le pouvoir de nations comme la Chine : "Ce grand projet m’intéresse par sa démesure. Mais c’est plus un sentiment d’absurdité, de non‑sens dans la manière d’envisager l’avenir.Politiquement, il y a des conséquences à élaborer de tels projets qui remodèlent les paysages, qui déplacent les habitants et ont une rentabilité improbable. Le film questionne la manière dont un pouvoir l’impose, en l’enrobant de slogans grandiloquents", ajoute le réalisateur engagé.

Sud Eau Nord Déplacer a été présenté au Festival du Film de Locarno ainsi qu’au Festival Entrevues de Belfort en 2014.


Présentation du film et animation du débat avec le public : Bruno Precioso.

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