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Cinéma Sans Frontières

VENDREDI 18 MARS 2016 : INLAND

Publié le samedi 12 mars 2016

20h30 Cinéma Mercury - 16 place Garibaldi - Nice

14ème Festival annuel : "Exils"

Film de Tariq Teguia

Algérie - 2009 - 2h20 - vostfr

Alors qu’il vit en quasi reclus, Malek, un topographe d’une quarantaine d’années, accepte, sur l’insistance de son ami Lakhdar, une mission dans une région de l’Ouest algérien. Le bureau d’études oranais, pour lequel il travaillait il y a encore peu, le charge des tracés d’une nouvelle ligne électrique devant alimenter des hameaux enclavés des monts Daïa, une zone terrorisée il y a à peine une décennie par l’islamisme.Arrivé sur le site après plusieurs heures de route, Malek commence par remettre en état le camp de base - une cabine saharienne délabrée ayant déjà abrité une précédente équipe, venue à la fin des années 90, mais décimée lors d’une attaque des intégristes.Dès les premières lueurs du jour, Malek se met au travail. Il procède aux premiers relevés topographiques, arpente les étendues autour du camp de base. Dans la nuit, son sommeil est perturbé par de puissantes déflagrations...

Pour le réalisateur Tariq Teguia, Inland est un "film en déplacement, film à travers les yeux d’un topographe qui regarde et mesure les alentours, film qui explore une multitude d’espaces, tentant de conjuguer le sec, l’humide et le courbe, l’ondulant et le rectiligne, il navigue entre les escarpements minéraux auressiens et les monts verdoyants et boisés des Monts Daïa, il associe le sable saumâtre du Chott Ech Chergui aux éclats de roches rouges de Aïn Sefra. Divers états de la nature d’avant l’homme, telle qu’en elle-même donc, mais plus essentiellement celle ou ce dernier est passé et a laissé des traces. Dans ces instants, le topographe scrutateur se double d’un archéologue, il formule la guerre civile à partir de ses vestiges, le désastre par ses indices, la catastrophe pareille à un souvenir : champs minés, forêts incendiées, hameaux abandonnés par ses occupants, matériel agricole dévasté. De ce point de vue, il faut considérer Inland comme une sorte de déploiement, aux dimensions d’un pays et selon un procédé rhizomique, de la carte dressée dans Rome plutôt que vous, une carte fragmentaire et itinérante alors limitée à Alger et quelques- uns de ses environs. Avec ces espaces, le topographe - non moins que la jeune clandestine - peut entretenir des rapports contradictoires, ce que l’on pourrait nommer un double tropisme, ou Dehors et Dedans, désir d’enfouissement et désir d’enfuitement se concurrenceraient inlassablement. Pour le géomètre, cette manière duale d’être s’exprime par exemple dans une solitude revendiquée — il vit, séparé de celle que l’on devine être sa femme, dans une région retirée de l’est algérien — en même temps qu’il tente d’aider une jeune inconnue à fuir, attiré par des espaces et des vitesses jusqu’alors ignorés, s’échappant lui-même Malek se terre, voulant préserver son quant à soi, autant qu’il ira à découvert, dans le lointain, traversant le pays d’après- la-guerre, avec pour ambition de se laisser absorber par le paysage. Á sa manière, la jeune femme expérimente ce double tropisme, contrainte de fuir un pays natal en guerre, elle ne le pourra qu’à la condition de vivre clandestinement. Comme Malek, sa trajectoire initiale s’incurvera, pour tenter de revenir à son point de départ, jusqu’à atteindre le point de disparition dans le paysage et se mettre définitivement à l’abri du monde et de ses fureurs. On l’aura compris, Inland est affaire de vitesses et de directions, celles des paysages que l’on arpente à pied, que l’on traverse à la vitesse d’une moto lancée à plein régime ou au rythme indolent d’un train de marchandises alors que la mort n’est pas loin. Vitesses dans l’espace en tant que relation avec des corps lorsque Malek, pour les besoins de son étude topographique, arpente lentement une portion des Monts Daïa ou quand Lakhdar, le collègue du bureau d’études, se lance à la poursuite du couple de fuyards."

Il ajoute que l’objectif avec Inland a été "de tracer des lignes, des lignes esquissées dans les paysages de "l’après-guerre", maintenant que l’Algérie émerge d’une guerre livrée par l’islamisme à la société. Pas d’autre ambition dans Inland que de dessiner des lignes de fuite, des lignes de vie pourtant, des trajectoires actuelles qui viendraient se superposer à d’autres, répétées et infiniment plus anciennes. Parce que les cohortes ont toujours été là, innombrables, théories répétitives et vives d’êtres humains, inscrites dans l’histoire et la géographie profondes d’un espace, lignes circulantes, en mouvement sur une terre devenant l’Algérie. Un pays fabriqué de ces hordes barbares venues des confins de l’Europe, de ces armées romaines échouées sur ces premiers rivages africains, un pays s’inventant lors des retraites hasardeuses de pillards nomades, dans le sillage des conquérants arabes essoufflés a mi-chemin d’un Eden inventé par d’autres plus à l’Ouest, lignes de conquêtes et d’échecs passés aujourd’hui renouvelés. Cette géographie humaine instable, mouvante, nous l’aurons en tête au moment du départ de Malek, un topographe d’une quarantaine d’années chargé d’établir des relevés dans les Monts Daïa, une région très pauvre d’Algérie soumise il y a peu aux violences intégristes."

Interrogé sur les conditions du tournage, Tariq Teguia s’explique : "les images comment les fabriquer ? Ce film a été tourné en vidéo, mois pour des questions de budget car un kinescopage a été nécessaire pour obtenir une copie 35 mm, mais parce qu’il s’agissait de travailler dans la durée avec une équipe technique légère. Travailler longtemps, se donner le temps de sillonner les terres, de marquer une pause, de revenir sur ses pas, de se perdre avant de repartir une nouvelle fois. Travailler longtemps parce que l’imprévisible, autrement dit la part documentée de ce film, peut prendre du temps pour être découvert et se découvrir. Il est possible d’envisager un rythme d’ensemble où alterneraient durées longues-la fuite, la stase, le renoncement, l’abandon-et le jaillissement du plan court-la fuite encore, la parole qui se libère, la danse. Les sons comment les entendre ? Anticiper la matière sonore d’un film paraît encore plus aléatoire même si là aussi il est possible de baliser un paysage probable. Parce que Inland va aux déserts, on pourrait penser que le silence l’emporte. C’est en partie vrai car la retraite de Malek dans les Aurès, puis sa mission dans une zone dévastée où les paysans disent avec peu de mots leur détresse, sa rencontre enfin avec une jeune femme dont il ne partage pas la langue, la longueur du voyage qu’ensemble ils seront amenés à vivre à travers l’indifférencié de la steppe nous y invite. Mais les déserts savent aussi être bruissants pour cette raison qu’il leur arrive d’être peuplés et traversés d’immenses troupeaux de moutons en transhumance, sillonnés par des convois ferroviaires ou des véhicules tous terrains transportant deux fuyards. Dans le désert, le déplacement simple du sable emporté par le vent, le bruit des pas au contact de la rocaille fait musique. La parole ensuite. Inland, majoritairement, s’énonce en algérien, une langue sans statut officiel, reconnue de personne mais parlée de tous. Un film peut-être l’occasion d’une reconnaissance, une forme de tribut payé à un présent sonore idéologiquement banni, une contribution aux beautés d’une langue qui s’invente, continûment, s’enrichissant à d’autres sources que l’arabe, procédant souvent par métonymie, métaphores ou associations délirantes. Une langue démultipliée en parlers locaux parce que d’une région à l’autre, les accents et les intonations diffèrent, les mots parfois changent, les combinaisons entre les langues se renouvellent : plus d’Espagnol dans l’Oranais, influence majeure du berbère dans les contreforts des Monts Daïa, remontée-apparition de mots d’origine sub-saharienne à mesure que la ligne de fuite des personnages les emporte vers le sud. Cette langue peut quelquefois s’écrire, mais quasi exclusivement sur les murs, rageusement, lorsque les slogans s’affichent pour durer plus durablement que l’émeute qui les a fait naître. Dans un registre similaire, Inland fait aussi entendre la parole haranguée, chantée ou déclamée par les chanteurs itinérants du Raï. Si leurs textes sont peu explicitement politiques, leur puissance de contestation demeure quant à elle bien réelle. Les Cheikhs qui animent les réunions clandestines d’amateurs d’alcool savent, installés en demi-cercle autour de la figure du Berrah qui lance à la cantonade les dédicaces payantes, parler librement et indifféremment du désir, de l’ivresse interdite, d’une petite route qui mène à Arzew, des maudites cartes de séjour tant espérées, de leur amour de Dieu. Voilà comment Inland fait coexister les flots de la langue émeutière, les déclamations mi-chantées mi-parlées du Berrah, la parole foisonnante et éructante des activistes politiques, les silences choisis d’un homme à moitié là et d’une jeune femme quasi mutique."

"A de très rares exceptions, Inland, comme mes précédents films, fait appel à des acteurs non-professionnels...Que ce film soit fondamentalement une fiction n’a pas conduit à réinventer le réel ou même à le contredire mais bien à le creuser, à l’intensifier. C’est pourquoi Inland essaie de combiner le talent confirmé d’Ahmed Benaïssa avec la pure présence de bergers de la steppe, c’est pourquoi le personnage de Malek se modèle à partir des silences et du détachement longtemps inquiet de Kader Affak."

Inland a reçu le Prix FIPRESCI au Festival International du Film de Venise en 2008. Le long métrage a par ailleurs été présenté aux festivals de Thessalonique et Belfort en 2008, Rotterdam , Guadalajara et Jeonju en 2009.


Présentation du film et animation du débat avec le public : Josiane Scoleri

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