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Cinéma Sans Frontières

VENDREDI 14 FÉVRIER 2014 - LE SALON DE MUSIQUE

Publié le samedi 8 février 2014

20h30 Cinéma Mercury - 16 place Garibaldi - Nice

Satyajit Ray

Inde - 1981 - 1h40 - vostf

Le Bengale dans les années 20. Biswanbhar Roy, aristocrate et grand propriétaire terrien a passé l’essentiel de sa vie à assouvir sa passion pour les fêtes musicales, les concerts donnés dans le salon de musique de son palais, devant un public d’amis, par des musiciens, des chanteurs, des danseuses. Cette passion l’a ruiné, alors que dans le même temps son voisin Mhim Ganguli, bourgeois et nouveau riche, prospérait et cherchait également à rivaliser avec lui sur le plan musical. Peu à peu, Roy s’est enfoncé dans la contemplation passive et nostalgique de sa propre décadence. Après la mort accidentelle de sa femme et de son fils dans le naufrage d’un bateau lors d’une tempête, il a fermé son salon de musique. Quatre ans plus tard, il le rouvre pour un dernier concert dans lequel il engloutit ses dernières ressources, mais qui lui procure le plaisir suprême d’humilier son rival, Ganguli.

Sorti en 1958, Le Salon de musique n’arrivera qu’en 1981 dans les cinémas français, 19 ans après le Royaume-Uni et 18 ans après les Etats-Unis. Une sortie tardive due à une certaine défiance vis-à-vis du réalisateur Satyajit Ray, dont le précédent film Aparajito fut un échec. C’est même l’émission Ciné-club d’Antenne 2 qui fut la première à proposer le film avant son arrivée au cinéma.

Le Salon de musique n’est autre que l’adaptation cinématographique de la célèbre nouvelle bengalaise "Jalasghar" de Tarashankar Banerjee. Comme tous les films de Satyajit Ray à l’exception des Joueurs d’échecs, Le Salon de musique a été tourné en bengali, la langue natale de son réalisateur. Ce dernier se disait incapable de tourner dans une autre langue et refusait tout doublage en hindi.

(...)Le film de Satyagit Ray peut s’envisager à la fois comme réflexion pour raconter un récit intime fait de souvenirs et des traces d’un monde qui disparaît (l’aristocratie indienne face à la montée de la bourgeoisie, la perte de l’enfant) mais aussi comme une expérience réussie d’incarner un long chant musical ininterrompu et infini, avec les moyens du cinéma. Dès lors comment filmer la musique ? Et plus encore comment restituer en image ce qui est évanescent, insaisissable et infilmable ? (...) (Nadia Meflah)

Le film a été tourné au palais des Chondhurry au Bengale, le lieu même qui a inspiré le conte. La qualité de la prise de vue, en noir et blanc, souligne les contrastes entre la lumière vive des terrasses du palais et la pénombre des appartements. Cet éclairage contribue à fusionner chorégraphie et musique. La mise en scène raffinée de cette œuvre intimiste met en relief une musique de sitar lancinante. Elle transforme la scénographie du film en un espace inquiétant et génère aussi un sentiment d’immuabilité. La caméra reste discrète, cernant des plans moyens sur les déplacements lents du personnage principal. Le Salon de musique est un film à tiroirs, un puzzle mémoriel à la manière de Citizen Kane d’Orson Welles. Toux deux racontent la chute d’un homme obsédé par une passion qui l’éloigne peu à peu du reste de l’humanité, jusqu’à sa chute pathétique et attendue. Dans un entretien, Satyajit Ray ajoutera : « Mon personnage ne comprend pas que le féodalisme s’écroule, que lui et sa classe vont être balayés. Je m’intéresse à toute une tradition en train de mourir. Cet homme qui croit à son devenir et à la permanence de sa culture est une figure pathétique. » Le Salon de musique se déroule quasiment en huis clos, si l’on excepte les deux sorties fatales du héros – la première fois, les terres inondées ont pris son fils, et à la fin, il meurt tel un avatar du Cid, échoué sur la plage au pied de son cheval. Le réalisateur privilégie les plans-séquences afin de restituer l’intégrité émotionnelle de la musique – les musiciens sont filmé en plans larges, leurs corps ne sont pas morcelés. De même, il utilise des mouvements amples de la caméra montée sur grue pour saisir l’assemblée écoutante, ou bien pour accompagner les mouvements de l’âme du héros lorsqu’il erre tel un spectre dans sa maison-mausolée. Peu de dialogues, mais des regards qui contemplent un chant ou une danse des pieds. Ce sont des sons qui traduisent la fracture sociale plus que des mots. Alors que Roy le noble écoute un joueur de sitar, il est irrité par l’irruption du son « vulgaire » du groupe électrogène de son voisin. Le bruit recouvre la musique qui doit s’interrompre. Les murmures d’un salon de musique répondent à la cacophonie du monde moderne. La fuite du temps dépossède l’aristocrate de sa femme, de son fils, de ses richesses. Le zamindar n’existe plus que dans une forme de résistance contemplative. Seule la musique permet finalement de fixer le temps et de perpétuer l’instant. Elle devient peu à peu le personnage central du film. Art menacé depuis l’avènement de la République indienne, dépourvue du soutien financier de mécènes, la musique traditionnelle ne bénéficie plus que d’un encouragement précaire. Puisant dans une tradition d’indépendance bengalie, le film apparaît comme un défi à l’industrie « Bollywoodienne » triomphante et bruyante de Bombay après 1955. (Kristian Feigelson)

En 2008, le film a été classé 20ème d’une liste des 100 meilleurs films de l’histoire par le magazine spécialisé Les Cahiers du Cinéma.

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Présentation du film et animation du débat avec le public : Josiane Scoleri

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