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Cinéma Sans Frontières

VENDREDI 12 JUIN 2015 : DE L’AUTRE CÔTÉ DE LA PORTE

Publié le mardi 2 juin 2015

20h30 Cinéma Mercury - 16 place Garibaldi - Nice

Laurence Thrush

Japon - 2015 - 1h50 - vostf

Hiroshi vit dans une banlieue de Tokyo avec ses parents et son jeune frère. Un soir à son retour de l’école, il s’enferme dans sa chambre et pendant deux ans refusera d’en sortir et d’y laisser entrer qui que ce soit. Cette histoire se base sur le phénomène japonais des hikikomoris, qui affecterait plus d’un million de jeunes japonais.

Le film traite d’un phénomène de plus en plus répandu qui touche essentiellement le Japon : l’hikikomori (引き篭り), qui concernerait environ 1 million de jeunes. Parfois traduit de façon approximative par "retrait de la vie sociale", "hikikomori" désigne un état d’anomie qui semble de nos jours affecter un nombre croissant de jeunes Japonais [par extension, le terme peut aussi désigner les personnes atteintes de ce trouble]. Coupés du monde, ces adolescents s’enferment dans leur chambre et refusent tout contact avec l’extérieur. Ils vivent en décalé, dormant tout le jour et passant la nuit à regarder la télévision ou à jouer aux jeux vidéo. Certains possèdent un ordinateur ou un téléphone portable, et la plupart ont peu ou pas d’amis. Cet état dépressif peut se prolonger des mois, voire dans certains cas extrêmes, des années. La majorité des hikikomoris vivent en périphérie des grandes villes, et les trois quarts sont des garçons, en général des aînés. Sadatsugu Kudo, un membre d’une ONG qui vient en aide à la jeunesse et qui joue son propre rôle dans le film, déclare à propos du phénomène de l’hikikomori : "L’hikikomori est un état de détresse émotionnelle face au système scolaire, à la famille ou à la société dans son ensemble, qui pousse un individu à adopter une attitude défensive et à refuser de sortir de chez lui ou même de sa chambre. Il arrive qu’au bout d’un certain temps, la personne enfermée ressente le besoin d’agir, mais le plus souvent, elle ou sa famille ne parvient pas à mettre un terme à la claustration, le sentiment de résignation prend toute la place et la situation se dégrade. Au fil des années, le cloîtré perd toute volonté de sortir. Seul un tiers peut alors briser l’étrange immobilisme qui a frappé la famille. Au terme de visites à domicile répétées, le tiers peut réussir à libérer les émotions de l’hikikomori et à dénouer le problème... En général, l’hikikomori est perçu comme un ’comportement déraisonnable’, similaire à une dépendance ou à un égoïsme de nature obsessionnelle, quand il n’est pas considéré comme un trouble mental. Toutefois, quand on passe du temps avec les jeunes qui en souffrent, on s’aperçoit qu’il existe toujours une cause à leur comportement, qu’ils en soient conscients ou non. Ils sont incapables de sortir de leur isolement tant qu’ils n’ont pas réglé leurs conflits intérieurs. Ils ont besoin de temps afin de s’accepter tels qu’ils sont. Ce qui compte alors, c’est la réaction des adultes de leur entourage. Ceux-ci doivent faire preuve de compassion et accueillir la souffrance de ces jeunes qui tentent de se réconcilier avec eux-mêmes. Tant que le phénomène d’hikikomori est déconsidéré et jugé comme négatif, il est impossible de faire bouger les choses. Je crois que notre société devrait être plus attentive aux conséquences de l’industrialisation et qu’elle devrait penser aux structures nécessaires pour aider les hikikomoris à se rouvrir au monde.

Le réalisateur Laurence Thrush a découvert le phénomène de l’hikikomori dans un documentaire sur la BBC. Il trouvait intéressant de réaliser un film sur le sujet et de mettre en scène un huis-clos familial en mettant en exergue sa dynamique émotionnelle. Pour écrire son scénario, Laurence Thrush s’est inspiré d’expériences réelles qui lui ont été décrites par les travailleurs sociaux qui luttent contre le phénomène : "J’ai essayé de coller le plus possible à la réalité et de construire l’histoire à partir d’une multitude d’expériences vécues par différentes familles, plutôt que d’inventer des scènes purement et simplement." Il déclare également qu’en tant qu’occidental, il ne pouvait se permettre de prendre des libertés créatrices sur un sujet dont il ne comprend pas forcément tous les tenants et les aboutissants.

Laurence Thrush a choisi la fiction au détriment du documentaire car il pensait que c’était un moyen plus efficace pour retranscrire les émotions d’une famille qui vit l’isolement de l’un des siens : "Je n’ai pas voulu faire un documentaire car, pour moi, le thème central n’était pas ce que le personnage principal faisait dans sa chambre, mon but n’était pas d’expliquer les raisons ou les causes de l’enfermement volontaire. Je voulais montrer comment les actes d’un membre de la famille rejaillissaient sur les autres, quelles étaient les répercussions sur la vie de la mère, du père et du frère." Le réalisateur pensait également que le film aurait ainsi une empreinte visuelle plus marquante et a d’ailleurs dessiné chaque scène en story-board. Le réalisateur a privilégié le noir et blanc car il établissait une sorte de distance et le distinguait d’une certaine dimension documentariste. Il permettait également de contraster avec la culture pop japonaise très colorée et très criarde. D’autre part il explique que ses influences piochent également dans la photographie de rue japonaise, chez Junku Nishimura, Tomatsu Shomei et Daido Moriyama.

Tous les acteurs de De l’autre côté de la porte sont non-professionnels. Le réalisateur a cherché des personnes ayant un lien avec le sujet du film. Il déclare également : "Si je préfère travailler avec des acteurs non professionnels, c’est aussi parce que je pense qu’ils peuvent apporter quelque chose de plus authentique, de moins étudié que des comédiens aguerris qui auraient déjà leur idée de ce que sont le tournage et le jeu d’acteur. Le rôle d’Hiroshi ne pouvait être interprété que par quelqu’un qui avait vécu dans sa chair l’expérience de l’enfermement volontaire. Il a fallu beaucoup de temps pour convaincre Kenta (qui joue Hiroshi) d’accepter ce rôle, mais je suis très content d’avoir persévéré, car je trouve qu’il donne une grande évidence et une grande réalité au personnage. Quant à Kudo, travailler avec lui a été un véritable plaisir. Et, cas unique pour moi, pour de très nombreuses scènes avec lui, une seule prise a suffi tant son jeu était sincère, impeccable. Je n’avais rien à redire, un vrai bonheur."


Présentation du film et animation du débat avec le public : Bruno Precioso.

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