Banière accueil
Accueil > Culture > Cinéma / Audiovisuel > Cinéma Sans Frontières > VENDREDI 06 JANVIER 2017 : ABLUKA

Cinéma Sans Frontières

VENDREDI 06 JANVIER 2017 : ABLUKA

Publié le lundi 2 janvier 2017

20h30 Cinéma Mercury - 16 place Garibaldi - Nice

Film de Emin Alper

Turquie - 2016 - 1h59 - vostf

Istanbul dans un futur proche : Kadir purge une peine de 20 ans de prison et se voit proposer une libération anticipée. En échange, il s’engage à aider la police dans sa traque contre le terrorisme et accepte d’être leur informateur. Une fois dehors, il reprend contact avec son petit frère Ahmet, chargé par la mairie d’abattre les chiens errants de la ville. Mais entre chaos politique et obsession paranoïaque, la violence qui entoure les deux frères et la pression des autorités les entraînent dans une spirale infernale.

Né en 1974, Emin Alper a étudié l’économie et l’histoire. Il est docteur en histoire moderne de la Turquie. Son premier film, Au-delà de la colline a été distingué de nombreuses fois, en particulier au festival de Berlin avec le Prix Caligari. Emin Alper enseigne à la faculté des sciences humaines et sociales de l’université technique d’Istanbul.

Dans Abluka, la Turquie de demain ressemble étrangement à celle, fliquée, répressive, délatrice, paranoïaque de Recep Erdogan. Le réalisateur s’explique : "Je ne précise pas à quelle époque se situe Abluka. Cela pourrait être un présent fictionnel, ou un passé ou un futur... Mes sources d’inspiration viennent des nombreuses histoires violent du monde moderne. Ce film a mis longtemps pour être réalisé. J’ai commencé à y penser au début des années 2000. Sa première version fut écrite à la fin de la décennie 2000. Malgré le temps écoulé, la pertinence de l’histoire croissait alors que la politique se butait obstinément sur de vieux moyens. Lorsque j’ai d’abord réfléchi à l’histoire au début des années 2000, l’« organisation », contre laquelle l’Etat faisait la guerre, était influencée par les mouvements de guérillas marxistes et séparatistes ethniques qui étaient actifs d’Amérique latine jusqu’en Asie durant le 20e siècle. Alors que nous entrions dans le 21e siècle, d’abord l’attaque du 11 septembre, puis l’occupation de l’Afghanistan et de l’Irak, ont créé un nouveau contexte mondial dans lequel repenser les trajectoires et les auteurs de violences politiques. Et durant les dernières années la vague de soulèvements et de révolutions, qui ne se limitent pas au printemps arabe, ont encore plus justifié la critique de la violence qu’on trouve dans mon film. Et maintenant, encore une fois dans l’histoire de l’humanité, comment faire face à la violence politique est une question urgente pour nous tous."

Dans Abluka, le chaos est urbain. Des bruits incessants d’explosion, le martèlement du passage des blindés dans des quartiers de bidonvilles et de maisons délabrées ne laissent aucun doute sur l’état de guerre qui règne dans cette contrée peu accueillante. Tout ça pourrait se dérouler dans n’importe quelle partie du monde, dans un futur proche ou dans un passé récent. Le réalisateur ajoute : "Abluka se déroule dans une ville qui est menée au chaos politique. L’Etat se bat désespérément contre les terroristes basés dans des bidonvilles. Quand les techniques d’isolation et de séparations de ces quartiers ne donnent rien, l’Etat invente de nouvelles méthodes. Abluka est l’histoire de deux frères qui essaient de survivre dans ce genre de quartier. Il raconte comment le système politique implique les « petites gens » dans certaines parties de son dispositif brutal en leur fournissant de l’autorité et les instruments de la violence qui, au bout du compte, se retournent contre eux-mêmes et les mènent à la destruction. Dans Abluka, j’observe de « petites gens » en tant qu’instruments et victime à la fois de la violence du système. Kadir est un informateur qui a le pouvoir de mettre un terme à la vie de quelqu’un par des renseignements. Ahmet est un exterminateur de chiens errants, une métaphore et une image parallèle d’un chasseur de terroristes. Que leurs méthodes violentes soient tournées vers les chiens errants ou les terroristes, ces hommes suivent les ordres – que ce soit pour accomplir leurs rêves ou simplement pour gagner leur vie. Ils sont indifférents aux effets de leurs instruments. Pourtant, ils ne peuvent pas s’échapper des effets suffocants de l’atmosphère politique. La violence qui les entoure et la pression de leurs autorités les pousse de plus en plus à la paranoïa. L’issue de leur paranoïa est mortelle à cause des armes qu’ils possèdent."

A travers le regard des deux frères, le réalisateur parvient à nous faire ressentir l’intensité de la violence. Il explique que "les troubles émotionnels vécus par les deux frères déclenchent les événements dans le film, en raison de glissements narratifs. Ces tournants sont le basculement d’un ennemi devenant un ami pour Ahmet, et le basculement d’amis en ennemis pour Kadir. Dans Abluka, nous voyons qu’un ennemi peut être un ami proche, alors qu’un ami proche peut devenir un ennemi. Je vois cette distinction comme coïncidente. La nécessité pour Ahmet de gagner sa vie en fait un tueur de chiens. Le rêve de Kadir de recréer une vie de famille en fait un informateur. La cruelle solitude de Ahmet crée un ami intime d’un chien ennemi, alors que Kadir et son amie, objet de son désir, deviennent ennemis mortels. La solide logique de la violence détruit tous les liens intimes entre ces gens et fait de ceux-ci des opposants politiques étrangers l’un à l’autre. Les lignes entre ennemi et ami peuvent être des coïncidences, mais elles sont très fortes. C’est pourquoi Kadir et Ahmet ne peuvent faire face à la situation, lorsque les personnages passent d’un côté à l’autre."

Interrogé sur la distorsion de la perception de la réalité, le réalisateur ajoute : "La structure du montage et l’atmosphère, je les avais déjà en tête en grande partie dès le scénario. Je voulais travailler sur un style très expressionniste, que le film commence de manière très réaliste, puis qu’il glisse progressivement avec de plus en plus d’éléments d’irréalité. J’ai choisi Adam Jandrup car je cherchais un directeur de la photographie doué pour les atmosphères sombres. Je savais aussi que le son et la musique seraient importants pour renforcer le climat. Pour mon premier film, je n’avais pas vraiment pensé à la musique en amont et j’avais trouvé un compositeur seulement pendant le montage. Cette fois, j’ai rencontré Cevdek Erek, un artiste contemporain très connu en Turquie, avant le tournage. La plupart des sons étaient dans le scénario : les sonnettes des portes, les cloches, les aboiements des chiens, etc. Nous avons réfléchi à la manière d’utiliser ces sons plutôt que de composer une musique "normale". Et en distordant le son d’un hélicoptère, Cevdek a trouvé quelque chose que j’aime beaucoup."

En ce qui concerne les personnages du film, le réalisateur dit qu’ "ils ne sont pas simplement des instruments du système ou les victimes d’une atmosphère violente. Ils font certains choix et ont des responsabilités, ce qui pour moi approche le film d’une forme de tragédie. Les personnages sont vulnérables, ils ont des faiblesses qui les conduisent à des fins tragiques. Le besoin d’affection de Ahmet le force à bâtir une relation perverse avec Coni, le chien. La crainte de le perdre en fait un paranoïaque. Le besoin d’amour et d’affection de Kadir a aussi un effet déclencheur. Ses efforts pour gagner l’amour de Ahmet, son frère disparu Véli qu’il envie, son désir vis-à-vis de Méral et sa jalousie envers Ahmet, tout cela nourrit la paranoïa de Kadir. Ainsi, il n’y a pas que l’atmosphère politique et les autorités, ou les revirements d’amis en ennemis, mais les faiblesses émotionnelles des personnages aussi sont responsables de la fin tragique."

Abluka a été récompensé à la Mostra de Venise par le Prix Spécial du Jury.


Présentation du film et animation du débat avec le public : Bruno Precioso

Merci de continuer à arriver suffisamment à l’avance pour être dans votre fauteuil à 20h30 précises.

N’oubliez pas la règle d’or de CSF aux débats :
La parole est à vous !

Entrée : 7,50 € (non adhérents), 5 € (adhérents CSF et toute personne bénéficiant d’une réduction au Mercury).

Adhésion : 20 €. Donne droit au tarif réduit à toutes les manifestations de CSF, ainsi qu’à toutes les séances du Mercury (hors CSF) et à l’accès (gratuit) au CinémAtelier.
Toutes les informations sur le fonctionnement de votre ciné-club :
http://cinemasansfrontieres.free.fr
[https://www.facebook.com/cinemasans...]