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Spectacle vivant / Théâtre

Théâtre & Philo !

Publié le lundi 8 avril 2013

Un comédien, seul en scène, Michel Richard, adapte les derniers cours donnés par Michel Foucault au collège de France en 1984 ! Pour nos collègues journalistes, c’est un spectacle "curieux et déroutant", "audacieux", "stimulant"...

Tenter de parler juste, tel est le fil conducteur de la lecture du comédien Michel Richard, de l’adaptation qu’il a faite des derniers cours du philosophe Michel FOUCAULT au collège de France (mars 1984). Nul besoin d’être un familier de l’œuvre de Foucault pour goûter cette proposition théâtrale. Il faut dire que le comédien a pour lui la prestance physique et le magnétisme indispensables pour faire vivre en scène ce texte. [...]Dynamique, parfois monté sur ressort, [...]il se et nous questionne, spectateurs et citoyens, sur la place de l’artiste et du théâtre dans notre société et sur le sens du « dire-vrai ». (Xavier Quéron)

Michel Foucault était un philosophe mondialement célèbre, et une figure intellectuelle majeure de son époque. Son parcours original l’a propulsé à la fin de sa vie au Collège de France, la plus haute institution universitaire. Michel Richard n’a pas connu Foucault, dont les cours ont été publiés de façon posthume. C’est en lisant le Courage de la vérité, leçons dans lesquelles le philosophe se proposait d’étudier le « franc-parler », c’est-à-dire de montrer comment la question de la vérité s’articule à celle du courage, qu’il a eu l’idée de cette adaptation. Exercice périlleux, car philosophie et théâtre ne font pas forcément bon ménage… « Je suis Michel », commence le comédien, comme pour mieux s’identifier à celui qu’il va incarner. À partir de cette seconde, Michel Richard – pantalon en cuir, chemise blanche, les pieds nus – devient pour une heure l’autre Michel. Il annonce qu’il va juste parler, et en même temps « tenter de parler juste ». Richard ne ressemble pas beaucoup physiquement à Foucault. Il s’efforce cependant, sans outrer le mimétisme, d’adopter certaines expressions ou attitudes du philosophe : son sourire, son rire, et aussi le rythme particulier d’une parole qui savait ménager des silences.

Une pensée au travail Michel Foucault, c’était d’abord une voix, une présence. Cette présence, fort heureusement, les cours, suivis par une cohorte de fidèles et transcrits mot à mot, en conservent la trace. C’est une expérience curieuse et émouvante que d’entendre, plus de vingt-cinq après, Foucault s’inquiéter du nombre de places libres, de l’ouverture ou non d’une autre salle, plus encore de l’entendre s’excuser et dire : « J’ai été malade », allusion pudique à la maladie qui l’emportera. Plus profondément, Michel Richard parvient, en respectant les digressions, mais aussi les hésitations et les doutes du philosophe, à restituer une pensée au travail, qui se cherche et s’élabore dans une parole vivante.

Un cours au Collège de France est déjà en soi théâtral. Foucault avait le souci de son auditoire et savait s’adresser à ceux qui l’écoutaient. Michel Richard n’hésite pas à accentuer fortement la théâtralité de cette parole foucaldienne. Dans un premier temps, la table de conférencier qui trône au centre du plateau ne servira pas : le comédien parle assis au bord de la scène, ou debout, ou encore couché, exploitant au maximum la proximité avec le public imposée par l’exiguïté de la salle. Par ailleurs, il saute, danse, martèle la porte – peut-être à coups un peu trop redoublés – comme pour montrer que Foucault était un professeur atypique et un esprit libre, aux antipodes de la pesanteur de l’académisme.

D’après "Le gouvernement de soi et des autres. Le courage de la vérité." publié par les éditions Gallimard - le Seuil (janvier 2009). Vendredi 12 avril 2013 à 20h / Tarifs de 5 à 15 € / Préventes en ligne et à l’accueil