Banière accueil
Accueil > Culture > Cinéma / Audiovisuel > Cinéma Sans Frontières > MERCREDI 02, JEUDI 03 ET VENDREDI 04 MARS 2016 : LES MILLE ET UNE (...)

Cinéma Sans Frontières

MERCREDI 02, JEUDI 03 ET VENDREDI 04 MARS 2016 : LES MILLE ET UNE NUITS

Publié le mardi 1er mars 2016

20h30 Cinéma Mercury - 16 place Garibaldi - Nice

En présence du Chef Opérateur Octaviano Esperito Santo

Films de Miguel Gomes

Volume 1 : L’inquiet (Portugal - 2015, 2h05) Volume 2 : Le désolé (Portugal, 2015, 2h11) Volume 3 : L’enchanté (Portugal, 2015, 2h05)

Pour nourrir son film, le réalisateur Miguel Gomes a constitué une équipe de journalistes chargées de recueillir des informations. Le long métrage se préparant dans le plus grand secret, leurs recherches et collaborations se sont faites dans le cadre de ce qu’ils ont appelé "le Comité Central". Il raconte : "Le Comité Central vote les propositions d’investigation des journalistes ; informés des priorités du Comité Central, les journalistes négocient avec la production la manière de se rendre sur le terrain (ils leur demandent de l’argent) ; le Comité reçoit des journalistes de nouvelles informations qui résultent de l’investigation et avec celles-ci va tenter de forger une fiction (avec ou sans scénario) qui convient pour servir de conte à Schéhérazade ; dans le plus petit nombre de jours possible, l’équipe de production terrorisée doit garantir les acteurs, planifier les essais, trouver les décors et engager l’équipe technique pour que ce conte puisse être filmé."

L’une des sources d’inspirations de Miguel Gomes pour Les Mille et Une Nuits a été le film Melo d’Alain Resnais.

Les Mille et une Nuits est un film en trois parties, dont chacune sort séparément. Un défi pour le réalisateur étant donné la polémique autour de son œuvre. Au cours de ses recherches pour nourrir son film, le réalisateur et son équipe ont été confrontés à des témoignages poignants, révélateurs de la grande misère qui sévit aujourd’hui au Portugal. Parmi tous les témoignages recueillis, l’un d’eux a particulièrement attiré Miguel Gomes. Quelques mois avant le début de ses recherches, un couple s’est suicidé dans un immeuble de Santo Antonio de Cavaleiros. Malgré la dimension morbide et obscène, il a choisi de tourner dans ce lieu : "Nous allons filmer l’histoire des suicidés, mais aussi d’autres histoires qui se sont passées ici et qui ont été vécues par leurs voisins. L’immeuble devient un personnage raconté par ses habitants."

Parmi les membres du casting des Mille et Une Nuits, certains acteurs ont déjà tourné ensemble dans le film Mystères de Lisbonne de Raul Ruiz. Le producteur du film Luis Urbano a prévu de sortir le film au moment des élections portugaises, sans doute pour faire réagir un pays qui traverse aujourd’hui une grave crise. L’un des personnages du film est un chien appelé Lucky, l’un des plus célèbres dans l’industrie cinématographique espagnole. Il a notamment joué dans Les Fantômes de Goya de Milos Forman.

Où Schéhérazade raconte les inquiétudes qui s’abattent sur le pays : « Ô Roi bienheureux, on raconte que dans un triste pays parmi les pays où l’on rêve de baleines et de sirènes, le chômage se répand. En certains endroits la forêt brûle la nuit malgré la pluie et en d’autres hommes et femmes trépignent d’impatience de se jeter à l’eau en plein hiver. Parfois, les animaux parlent, bien qu’il soit improbable qu’on les écoute. Dans ce pays où les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être, les hommes de pouvoir se promènent à dos de chameau et cachent une érection permanente et honteuse ; ils attendent qu’arrive enfin le moment de la collecte des impôts pour pouvoir payer un dit sorcier qui… ». Et le jour venant à paraître, Schéhérazade se tait.

...En premier lieu, réaliser un film travaillé par la question du politique – tout en fuyant le militantisme – qui se base sur des faits divers rapportés au Comité Central (instance dirigeante constituée du cinéaste et de ses fidèles collaborateurs) par des journalistes dépêchés aux quatre coins du Portugal. On touche sans doute là, de façon extrêmement directe, au cœur du cinéma de Gomes : réenchanter le quotidien – et le cinéma, en retournant notamment vers le primitif, comme lors des premières images de L’Inquiet qui rejouent des vues Lumière par une sortie d’usine. Gomes veut ainsi révéler ce que nos vies, tant misérables ou banales qu’elles soient, contiennent de fantastique. Du réel faire surgir l’irréel, mais non pas un irréel qui s’opposerait au réel, mais un irréel qui amplifierait notre présence au monde. Une irréalité tangible, ou, pour le moins, visible – sur un écran de cinéma. De l’imaginaire offert au peuple portugais, et à nos yeux, comme une bouée de sauvetage. 
Et c’est ainsi que dans un second temps, Gomes entrelace ces histoires de tous les jours avec une approche baroque et les transpose dans une configuration merveilleuse, teintée néanmoins de mélancolie, comme attirée inexorablement par la gravité de la crise qui s’abat sur son pays. Il utilise un découpage en une table des matières qui chapitre ces récits tout en les faisant se cogner les uns aux autres sans soucis de linéarité apparente, si ce n’est par des associations d’idées malicieuses. On croisera ainsi un coq jugé pour chanter la nuit mais doué de parole pour se défendre (il sera le « premier cri qui réveille les consciences ») mais aussi un gouvernement factice du Portugal qui connaît quelques problèmes d’érection – nouvelle manifestation de l’impuissance, mais cette fois-ci des puissants. Se joue ici sur le ton de la farce une allégorie grivoise associant la libido des hommes de pouvoirs à des courbes économiques. La portée politique du film se déploie ainsi jusqu’au dernier chapitre intitulé Le Bain des magnifiques où, dans une approche d’observation qui rejoint le début de son long métrage avec sa polyphonie de voix-off sur des chantiers qui ferment, Gomes écoute avec attention la parole et le corps de chômeurs qu’il jette ainsi littéralement à l’eau afin d’espérer une meilleure année que celle qui vient de s’écouler. La forme du film est ainsi constamment en mutation, avec une caméra qui peut à la fois embrasser une foule entière comme se concentrer sur un unique visage. Gomes utilise aussi mille inventions, tout aussi musicales que graphiques. Ainsi de la séquence du triangle amoureux ravagé par les flammes de la jalousie – séquence par ailleurs magnifique où des enfants jouent à s’aimer comme des adultes et dans laquelle Gomes manie avec une rare singularité l’inscription sur l’écran des textos échangés entre les jeunes adolescents. En réenchantant alors la campagne portugaise, L’Inquiet ne choisit jamais la voie simple du documentaire ou de la fiction purs et durs : Gomes préfère travailler le réel et l’imaginaire en les faisant se rencontrer dans leur impureté intrinsèque. Ce qui n’est pas sans créer des étincelles, une alchimie mystérieuse. Un feu d’artifice... (Critikat.com)

Où Schéhérazade raconte comment la désolation a envahi les hommes : « Ô Roi bienheureux, on raconte qu’une juge affligée pleurera au lieu de dire sa sentence quand viendra la nuit des trois clairs de lunes. Un assassin en fuite errera plus de quarante jours durant dans les terres intérieures et se télétransportera pour échapper aux gendarmes, rêvant de putes et de perdrix. En se souvenant d’un olivier millénaire, une vache blessée dira ce qu’elle aura à dire et qui est bien triste ! Les habitants d’un immeuble de banlieue sauveront des perroquets et pisseront dans les ascenseurs, entourés de morts et de fantômes, mais aussi d’un chien qui… ». Et le jour venant à paraître, Schéhérazade se tait. - « Quelles histoires ! C’est sûr qu’en continuant ainsi, ma fille va finir décapitée ! » – pense le Grand Vizir, père de Schéhérazade, dans son palais de Bagdad.

...Le désolé s’inscrit dans la continuité de la désespérance – néanmoins d’une bouleversante dignité – qui émanait de la parole des « Magnifiques » à la fin de L’Inquiet. Sombre certes, mais le cinéma demeure pour Miguel Gomes un coffre à jouets, dans lequel il puise les moyens d’expérimenter, inventer et accomplir des désirs de mise en scène et de récits. La fantaisie reste l’aiguillon ; le geste tendu vers l’hybridation témoignant, avec une inspiration toujours renouvelée, d’une aptitude à filmer des espaces ingrats (l’architecture d’un habitat collectif), des corps parfois complètement érotisés, une parole « populaire », en faisant preuve à cet égard d’une écoute rare et émouvante. Triptyque dans le triptyque, Le Désolé accueille un western (Chronique de fugue de Simão « Sans Tripes ») ; un traité philosophique autour de la justice et de la responsabilité (Les Larmes de la juge) ; une exploration de la vie d’une tour d’habitation par le truchement d’un chien (Les Maîtres de Dixie). Ce dernier segment renvoie à une autre source littéraire, La Vie mode d’emploi de Georges Perec, que le cinéaste brésilien Eduardo Coutinho « adapta » en réalisant Edificio Master (2002), superbe portrait des habitants d’un immeuble de la classe moyenne de Copacabana à Rio – où l’on retrouve, ce n’est peut-être pas un hasard, un petit chien blanc. Ces trois segments du Désolé, après le constat établi par L’Inquiet, dessine un effondrement des paradigmes moraux, institutionnels, philosophiques, politiques ; une sorte de mort clinique du pacte social. Cet effondrement intervient dès le premier segment avec un hors-la-loi et fugitif, Simão « Sans Tripes », un meurtrier devenu un héros populaire acclamé par la foule lors de son arrestation — c’est ce que l’on peut caractériser comme un énoncé de civilisation. Il culmine dans le second acte judiciaire où une juge est aux prises avec un inextricable procès pour vol de mobilier, qui se déroule dans une sorte de réplique du lieu de fondation de la démocratie occidentale : une assemblée – dans la cité d’Athènes durant l’antiquité, on l’appelait ekklesia – disposée en amphithéâtre, présidée par une magistrate. Gomes fait courir cet épisode comme une pelote qui ne cesse de croître de façon exponentielle, jusqu’à devenir monstrueuse et débouchant sur une complète aporie où la théâtralité et l’artifice assumés ne sont pas sans renvoyer à Manoel de Oliveira. Une société miniature est réunie ici avec une dimension authentiquement carnavalesque, au sens propre (certains accoutrements) comme au figuré (l’inversion, le renversement), avec ses champs de tensions, ses conflits d’intérêts. Responsabilité, culpabilité, bien et mal, ordre et chaos se diluent dans une chaîne absurde qui, partant du Portugal rural, dérive jusqu’aux agissements d’un homme d’affaire chinois véreux et l’évocation de cartes Visa Gold... Face à cette délirante complexité, l’assemblée se déchire moins qu’elle reconnaît sa défaite, et la juge consciencieuse, pourtant sans aucun doute très compétente, s’abîme dans son impuissance à faire face, et à, tout simplement, juger. Le monde (parce qu’il s’agit bien de cela à partir de la réalité du Portugal) est devenu illisible, le corps social décède dans une implosion à la fois dilatée et fracassante. On peut voir Les Maîtres de Dixie comme la résultante de cette aporie, sous la forme de l’atomisation sociale qui sévit dans une tour d’habitation. Dixie, un sympathique et joyeux cabot, est recueilli par un couple baignant dans la dépression – et la tabagie ainsi qu’une dynamique suicidaire... (Critikat.com)

Où Schéhérazade doute de pouvoir encore raconter des histoires qui plaisent au Roi, tant ses récits pèsent trois mille tonnes. Elle s’échappe du palais et parcourt le Royaume en quête de plaisir et d’enchantement. Son père, le Grand Vizir, lui donne rendez-vous dans la Grande Roue. Et Schéhérazade reprend : « Ô Roi bienheureux, quarante après la Révolution des OEillets, dans les anciens bidonvilles de Lisbonne, il y avait une communauté d’hommes ensorcelés qui se dédiaient, avec passion et rigueur, à apprendre à chanter à leurs oiseaux... ». Et le jour venant à paraître, Schéhérazade se tait.

...Ce dernier volume se concentre sur l’exil de Schéhérazade qui part du palais où elle était captive puis sur les pinsonneurs. Ces éleveurs de volatiles chantants sont des passionnés, qui font songer tantôt à des supporters sportifs tantôt à des turfistes. Le film s’achèvera sur un des grands concours annuels de chants d’oiseaux, où le pinson qui réussit à chanter le plus d’airs différents remporte le premier prix. Si Gomes passe un long moment de la dernière partie du film à nous raconter la vie et les aspirations de ces éleveurs, pas question pour lui de nous révéler l’issue du concours. Cette confiance faite à l’intelligence du spectateur est une des spécificités des mille et une nuits.La plupart des metteurs en scène classiques auraient, pour une telle saga, envisagé un final en forme de feu d’artifice, multipliant les effets, pas Gomes. Le réalisateur nous offre ici un condensé d’images d’une grande variété. Du film, de la vidéo, des archives, du noir et blanc, du split screen et des fondus à vous en faire tourner la tête. Les cartons n’ont jamais été aussi nombreux que dans cet opus des Mille et une nuits. On y retrouve le fameux extrait « et le jour venant à paraître, Schéhérazade se tait. » comme des indications sur l’identité des multiples personnages, leurs rêves et leurs querelles... Le spectateur a tout le loisir de choisir ce qu’il voudra retenir de ce voyage en absurdie. La quête d’absolu de la princesse Schéhérazade en fuite est celle de tout être humain : ressentir les choses plus fortes, plus belles. La chanson Perfidia d’Alberto Dominguez ponctue le film de bout en bout, au fil de nombreuses versions, dont une interprêtée par Nat King Cole. Elle devient le nouvel hymne du Portugal à la Gomes, pour notre plus grand bonheur. Un pays libre mais pauvre, traversé par ses rêves et sa mélancolie.
 Ainsi ce troisième volume des Mille et une nuits est sans aucun doute le plus cosmopolite. Sur des images de manifestations dont il est impossible de dire s’il s’agit ou non d’archives, on entend une jeune chinoise nous raconter en chinois son histoire d’amour avec un Portugais. Schéhérazade se rend à Bagdad, qui prend tour à tour les traits de villes du Portugal ou de France, comme Marseille. Immersion du passé dans le présent : Quand la princesse lance à la mer une lampe où réside un génie, elle se fait traiter de crasseuse par de jeunes plongeurs. Quel meilleur moyen de réaffirmer la qualité intemporelle du film ? Ancien ou moderne, chacun pourra y lire un message.En résulte un document aucunement menteur, une fiction surréaliste, un objet filmique non identifié qui nous en dit bien plus sur le Portugal contemporain que n’importe quel documentaire.On quitte le film un peu comme on dit adieu à un nouvel ami, plein des choses qui auraient pu se dire mais qui sont plus belles d’avoir été tues... (aVoir-aLire.com)


Présentation du film et animation du débat avec le public : Josiane Scoleri, Bruno Precioso, Pedro Da Nobrega, Octaviano Espirito Santo (Chef Opérateur)

Merci de continuer à arriver suffisamment à l’avance pour être dans votre fauteuil à 20h30 précises.

N’oubliez pas la règle d’or de CSF aux débats :
La parole est à vous !

Entrée : 7,50 € (non adhérents), 5 € (adhérents CSF et toute personne bénéficiant d’une réduction au Mercury).

Adhésion : 20 €. Donne droit au tarif réduit à toutes les manifestations de CSF, ainsi qu’à toutes les séances du Mercury (hors CSF) et à l’accès (gratuit) au CinémAtelier.
Toutes les informations sur le fonctionnement de votre ciné-club :
http://cinemasansfrontieres.free.fr
[https://www.facebook.com/cinemasans...]