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Rosalinde Rancher Créativité 2000

Le recours à la division du travail suffit-il à expliquer le développement de la créativité humaine ?

Publié le mercredi 17 août 2011

Rencontre mensuelle du samedi 20 août 2011 des membres et des sympathisants de l’association "Rosalinde Rancher Créativité 2000" qui propose aux participants de répondre à la question : "Le recours à la division du travail suffit-il à expliquer le développement de la créativité humaine ?"


Rencontre mensuelle du samedi 20 août 2011 des membres et des sympathisants de l’association "Rosalinde Rancher Créativité 2000" qui propose aux participants de répondre à la question :

"Le recours à la division du travail suffit-il à expliquer le développement de la créativité humaine ?"


Présentation générale de la problématique :

La division sociale du travail qui est un facteur d’organisation des sociétés humaines se retrouve aussi dans la vie animale. C’est ainsi que, selon l’article de Wikipédia qui lui est consacré, "l’expression « division du travail » aurait été créée au XVIIIe siècle par Bernard Mandeville (ou de Mandeville), dans sa Fable des abeilles (éditée en 1714 et complété en 1729 (voir Fable 2) :

« En divisant et en subdivisant les occupations d’un grand service, en de nombreuses parties, on peut rendre le travail de chacun si clair et si certain qu’une fois qu’il en aura un peu pris l’habitude, il lui sera presque impossible de commettre des erreurs... »

Ainsi, nous avons la surprise de découvrir une évocation de notre sujet dans un texte d’un genre littéraire que Rosalinde Rancher, fabuliste nissart, a beaucoup apprécié. Oui ! la créativité et la division du travail semblent, dès l’abord, déjà avoir un lien de parenté...

Nous savons tous qu’il n’est pas facile de donner une définition de la créativité. La notion a été élaborée sur le modèle du concept de "productivité" et le plus simple pour commencer est de signaler que son synonyme le plus éclairant est "l’inventivité". En fait, actuellement, nous ne disposons pas d’instruments scientifiques pour mesurer la créativité de quelqu’un ou d’un ensemble d’individus. L’évaluation est donc, faite de manière subjective par des observateurs critiques. Il s’agit pour eux en réalité de juger une capacité à élaborer une production nouvelle qui conduit à un élan transformateur de notre perception du monde. Ici encore, Wikipédia nous est bien utile pour percevoir toutes les nuances du concept.

En cherchant à savoir d’où vient la division du travail, on ne tarde pas à constater qu’elle découle de la créativité et qu’elle la favorise globalement.

Ainsi, Platon dans La République est un des premiers philosophes à avoir remarqué qu’au niveau de la société « on fait plus et mieux et plus aisément, lorsque chacun ne fait qu’une chose, celle à laquelle il est propre ». Alors qu’il aborde la problématique de la division du travail sans utiliser l’expression, on aperçoit déjà son lien indéniable avec la créativité.

Xénophon complète cette idée en y ajoutant celle que la division du travail augmente l’efficacité de la production et est conditionnée par la taille de la communauté, idée qui sera reprise par Adam Smith sous la forme « la division du travail est limitée par la taille du marché »

" Dans les petites villes, en effet, ce sont les mêmes artisans qui fabriquent le lit, la porte, la charrue, la table et qui bâtissent même souvent la maison, bien heureux encore, si avec tant de métiers, ils trouvent assez de clients pour les nourrir. Or il est impossible qu’un homme qui fait plusieurs métiers les fasse tous parfaitement. Dans les grandes villes, au contraire, où beaucoup de gens ont besoin de chaque espèce de choses, un seul métier suffit pour nourrir un artisan, et parfois même une simple partie de ce métier : tel homme chausse les hommes, tel autre, les femmes ; il arrive même qu’ils trouvent à vivre en se bornant, l’un à coudre le cuir, l’autre à le découper, un autre en ne taillant que l’empeigne, un autre en ne faisant autre chose que d’assembler ces pièces. Il s’ensuit que celui qui s’est spécialisé dans une toute petite partie d’un métier est tenu d’y exceller." (Cyropédie, Livre VIII chapitre 2)

Ce progès a été facilité, il faut le souligner, par la diffusion et l’usage de la monnaie qui a libéré les échanges en encourageant la spécialisation des opérateurs.

Indirectement, l’historien anglais Arnold Toynbee démontre aussi, le lien de la division du travail avec la créativité, dans son ouvrage Guerre et civilisation. En effet, la division des fonctions sans cesse plus poussée de l’Infanterie chez les Spartiates (phalange de type spartiate), puis chez les Macédoniens (phalange de type macédonien), et ensuite chez les Romains (plusieurs modes successifs d’organisation et de déploiement de la Légion) explique la supériorité et les succès militaires sur le champ de bataille. De sorte qu’on peut affirmer que les puissances victorieuses sont le plus souvent celles qui ont su développer (grâce à une division du « travail militaire » supérieurement créative) un avantage tactique dominateur.

Une base théorique scientifique de cet intérêt, est explicité dans le Discours de la méthode de René Descartes qui recommande, dans la recherche scientifique, l’usage systématique de la méthode analytique fondée sur une démarche de dissociation et de division : Un phénomène complexe peut être découpé en parties élémentaires dont le statut et l’articulation -une fois précisés- autorisent la meilleure compréhension de l’ensemble étudié.

Un autre aspect du progrès créatif qu’apporte la division du travail est son utilité pour la démocratie et la défense des droits de l’homme. A cet égard, la Doctrine de séparation des pouvoirs prônée par Montesquieu, qui la recommande pour éviter les abus de pouvoir, est fondamentale : la différenciation entre tâches législatives, tâches exécutives et judiciaires doit être un principe, affirme-t-il.

Comme ces divers points de vue nous le suggèrent, la division du travail présente deux faces complémentaires : la face sociale et la face technique. Celles-ci sont, en pratique, nous allons le voir, parfois antagonistes.

En effet, considérons la démarche de Frederick Winslow Taylor. En réaction au manque de rigueur constaté dans les ateliers de son entreprise, il va préconiser de mettre fin aux pratiques spontanées héritées de l’artisanat et des mentalités corporatistes en systématisant l’application du principe de l’organisation du travail selon deux axes :

-une division horizontale du travail qui répartit clairement les tâches entre ateliers, et entre postes de travail avec des limites précises qui interdisent les recouvrements et querelles de compétence.

-une division verticale du travail qui répartit fermement les responsabilités entre ceux (ingénieurs et direction) qui déterminent les règles selon lesquelles le travail doit être fait et ceux (ouvriers) qui doivent désormais se consacrer à leur stricte exécution.

Dès 1840, Alexis de Tocqueville prédit, dans De la démocratie en Amérique, les conséquences de cette organisation :

« Tandis que l’ouvrier ramène de plus en plus son intelligence à l’étude d’un seul détail, le maître promène chaque jour ses regards sur un plus vaste ensemble, et son esprit s’étend en proportion que celui de l’autre se resserre. Bientôt il ne faudra plus au second que la force physique sans l’intelligence ; le premier a besoin de la science, et presque du génie pour réussir. L’un ressemble de plus en plus à l’administrateur d’un vaste empire, et l’autre à une brute. »


Cette observation est amplifiée par le marxisme et d’autres courants sociologiques, qui jugent que la division du travail, constitutive du capitalisme, est aliénante. Par exemple, dans Le Capital (1867), Karl Marx étudie, lui aussi, la division technique du travail, en soulignant les effets sociologiques et politiques comme l’exploitation du « surtravail » des prolétaires, « l’aliénation du travail ».

Il faut aussi ajouter que l’aspect social peut renvoyer à des aspects particuliers comme par exemple la "division sexuelle du travail" qui prend en compte l’articulation entre les deux sphères d’activités distinctes que sont la vie domestique et la vie publique et marchande. Ici, c’est l’inégalité, conséquence des différences de traitement des genres, qui est en jeu.

Donc, si globalement, la division du travail est associée à la créativité, elle peut emprisonner un certain nombre de membres de la société dans une impasse qui éloigne ceux-ci de tout espoir de conserver une capacité créative valorisante. Grâce au potentiel technologique que nous offre notre société de consommation contemporaine, il importe de lutter contre les défauts de la division du travail en équilibrant de façon plus juste les conditions de vie de chacun.

Quelques liens à ne pas négliger :

Pour une présentation générale de la division du travail :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Division_du_travail

Pour une discussion autour de la créativité :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Cr%C3%A9ativit%C3%A9

Pour le bulletin Lou Rosalain :

http://www.creativite2000.com/rosalain.htm

Pour les rencontres des Rosalindes :

http://associations.nice.fr/spip.php?page=recherche&lang=fr&recherche=Rosalinde+rancher

Les meilleurs échanges de cette réunion feront l’objet d’un reportage dans le numéro 4 du bulletin trimestriel de l’association

"Lou Rosalain".

http://www.creativite2000.com/rosalain.htm

La réunion se tiendra à Nice au domicile de Bernadette Mistral le

samedi 20 août 2011 à 15 heures.

Pour tout renseignement sur cette rencontre téléphoner au :
04 83 50 51 91.

ou envoyer un message à

robertbaiedenice@yahoo.fr