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Cinéma Sans Frontières

LUNDI 21 MARS 2016 : NOSTALGIE DE LA LUMIÈRE

Publié le samedi 12 mars 2016

20h30 Cinéma Mercury - 16 place Garibaldi - Nice

14ème Festival annuel : "Exils"

Film de Patricio Guzman

Chili - 2010 - 1h30

Au Chili, à trois mille mètres d’altitude, les astronomes venus du monde entier se rassemblent dans le désert d’Atacama pour observer les étoiles. Car la transparence du ciel est telle qu’elle permet de regarder jusqu’aux confins de l’univers. C’est aussi un lieu où la sécheresse du sol conserve intacts les restes humains : ceux des momies, des explorateurs et des mineurs. Mais aussi, les ossements des prisonniers politiques de la dictature. Tandis que les astronomes scrutent les galaxies les plus éloignées en quête d’une probable vie extraterrestre, au pied des observatoires, des femmes remuent les pierres, à la recherche de leurs parents disparu …

Sous son air de documentaire astrologique et métaphysique se cache une critique du régime d’Augusto Pinochet qui a laissé le Chili meurtri après sa chute. Un thème fort au centre de la filmographie du réalisateur. Le film se déroule dans le désert d’Atacama, au Chili, pays d’origine du réalisateur. Il explique : « En vérité, je ne voulais pas faire une « description du désert ». Je voulais trouver des éléments nouveaux pour reparler du passé. C’est ainsi que je me suis concentré sur les observatoires astronomiques. J’ai une passion pour l’astronomie depuis l’adolescence. » Il aura fallu quatre années au réalisateur pour mener à bien son projet.

...C’est depuis l’exil que Patricio Guzmán se consacre à ce patient travail de mémoire. Il quitte en effet le Chili juste après le coup d’Etat et après avoir séjourné à Cuba puis en Espagne, il s’établit finalement en France, où il vit aujourd’hui. Même s’il retourne fréquemment au Chili, où il a réalisé la majorité de ses documentaires, il porte donc un regard extérieur sur son pays, celui de l’exilé toujours marqué par le déracinement forcé qu’il a subi mais aussi obsédé par une quête mémorielle à la fois personnelle et collective...Patricio Guzmán accompagne les images de son documentaire par ses commentaires en voix off, sur un ton calme et un rythme lent, et il dévoile ainsi au spectateur le fil de ses pensées. Convaincu que tout documentaire est imprégné de subjectivité, il s’applique dans l’introduction du film à nous exposer les raisons qui l’ont motivé à mener à bien ce projet personnel. La question de la nostalgie, présente dans le titre, apparaît alors comme essentielle. C’est tout à la fois la nostalgie d’une époque révolue qui est évoquée ici, celle de l’enfance et de l’entrée dans l’âge adulte, mais aussi le regret mélancolique d’un passé porteur de rêves et d’idéaux incarnés par le gouvernement d’Unité Populaire de Salvador Allende...Patricio Guzmán se décrit lui-même comme un être nostalgique, dont la mémoire est douloureuse. En effet, la « douleur du retour » évoquée par l’étymologie du mot « nostalgie » traduit le retour impossible au pays qui provoque le « mal du pays » chez celui qui en souffre, mais elle dit aussi le souvenir douloureux d’un passé qui ne reviendra plus. Or dans ce film, Patricio Guzmán semble avoir trouvé le moyen de sublimer cette douleur en abordant le délicat sujet de la mémoire par le biais de l’observation astronomique...En posant les questions suivantes : « Comment dire que le Chili est le centre astronomique le plus important du monde, alors que 60% des assassinats perpétrés par la dictature restent non élucidés ? Comment est-il possible que les astronomes chiliens observent des étoiles qui sont à des millions d’années-lumière tandis que les enfants ne peuvent lire dans leurs manuels scolaires les événements qui se sont déroulés au Chili il y a à peine 30 ans ? », Patricio Guzmán souligne les contradictions d’un pays qui « a mis son passé récent sous cloche », alors qu’il s’investit pleinement dans l’observation astronomique destinée à percer les énigmes du passé lointain de l’univers. Par là-même, il met en évidence un problème d’échelle temporelle : quelle est la bonne distance pour observer notre passé ? A travers ce film, Patricio Guzmán tente de répondre à cette question tout en s’interrogeant sur son propre rôle en tant que documentariste qui doit lui aussi trouver la bonne distance pour traiter son sujet, à savoir ici le problème de la mémoire, de l’oubli, de l’impunité dans un pays qui peine à affronter son passé dictatorial...Patricio Guzmán s’attache à montrer que la mémoire est essentielle à notre survie. Les personnages qui témoignent dans le film sont d’ailleurs tous des porteurs de mémoire, soit qu’ils transmettent l’histoire qu’ils ont vécue, comme Luís, l’ex-prisonnier politique du camp de Chacabuco ou bien Miguel, l’architecte, lui aussi prisonnier, qui a su dessiner de mémoire avec une extrême précision les camps où il a été interné, soit qu’ils mènent des investigations scientifiques pour dévoiler le passé de cette région...Enfin les femmes qui cherchent leurs disparus témoignent aussi avec beaucoup d’émotion du besoin qu’elles ont de faire la lumière sur ce passé qui les tourmente. Par ses commentaires, Patricio Guzmán souligne la valeur métaphorique de chacun de ces témoignages. Ainsi, il évoque le cas de Miguel, « l’architecte de la mémoire » : « Miguel et sa femme sont pour moi comme une métaphore du Chili. Lui est le souvenir, tandis qu’Anita est l’oubli à cause de la maladie d’Alzheimer »...Tout est donc question de perspective dans ce film par lequel Patricio Guzmán bouscule les codes du genre documentaire. En pariant sur l’esthétique, la métaphysique et la poésie de son film, il renouvelle sa filmographie et propose de placer le langage poétique au cœur de sa création. Le regard différent qu’il pose sur son pays, en tant qu’exilé, se traduit dans la vision métaphorique du réel, qui permet de prendre de la distance avec le sujet traité tout en renforçant son propos sur la question de la mémoire au Chili. En tant qu’exilé, Patricio Guzmán sait ce que signifie « vivre nulle part » et il est évidemment sensible à la question du déracinement dont il a fait l’expérience. Sa quête mémorielle est donc vitale à sa survie mais aussi à celle de son pays tout entier s’il veut aborder l’avenir dans la sérénité. Car nier son passé reviendrait pour le Chili à sombrer dans les trous noirs de notre galaxie, à se dématérialiser pour finalement disparaître. (Catherine Pergoux-Baeza, 2012, « L’exil ou la question de la distance dans le documentaire Nostalgie de la lumière de Patricio Guzmán », in Revue Numérique Quaina, N°3).

Nostalgie de la lumière est le sixième film du réalisateur Patricio Guzmán dont la carrière s’étale sur trente-sept années. Nostalgie de la lumière est le troisième film que le réalisateur Patricio Guzmán présente au Festival de Cannes, après Le Cas Pinochet (2001) et Salvador Allende (2004). Nostalgie de la lumière a été présenté en séance spéciale hors compétition au Festival de Cannes 2010.


Présentation du film et animation du débat avec le public : Bruno Precioso

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