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Rosalinde Rancher Créativité 2000

L’aventure créative est-elle héroïque ?

Publié le mercredi 11 juillet 2012

Samedi 21 juillet 2012 à 15 heures, aura lieu, à Nice, la réunion mensuelle des membres et des sympathisants de l’association "Rosalinde Rancher Créativité 2000". Cette rencontre se propose de répondre à la question suivante : « L’aventure créative est-elle héroïque ? ».

En ce mois de juillet 2012, la découverte d’une particule apparentée au Boson de Higgs arrive à point nommé pour nous inciter à réfléchir à la question : « L’aventure créative est-elle héroïque ? ».

Comme par le passé, assez souvent, aujourd’hui encore, les jeunes créatifs, qui débutent dans l’exercice de leur passion, espèrent qu’elle leur apportera rien moins de la gloire. Il est pourtant difficile de croire qu’il est possible de produire quelque chose de valable sans effort. Par exemple, au XIXème siècle, la vie de Balzac, poursuivi sans cesse par ses créanciers, écrivant sa « Comédie humaine » comme un forçat, nous interpelle sur ce point. Nous ignorons, ce qu’il en fut pour Homère, mais cet aède, devenu un personnage de légende, nous représente l’énergie que les Achéens ont dû déployer pour conquérir la ville de Troie et ramener Hélène en Grèce et celle qu’il a fallu à Ulysse pour retrouver son statut à Ithaque. C’est la valeur de la résistance que les héros doivent vaincre qui rend ces personnages « immortels » dans la mémoire des peuples.

En filigramme, ce sont donc, des épopées dont on traite. L’étymologie de ce terme est, à elle seule, éclairante : il vient du grec ancien ἐποποιΐα / epopoiḯa qui se décompose en ἔπος/épos, « récit ou paroles d’un chant » et ποιέω/poiéô, « faire, créer », ce qui veut dire littéralement, « élaboration d’un récit ». Le procédé remonte très loin dans le passé. Ainsi, on peut citer (en toute simplicité !), Enuma Elish, l’épopée babylonienne de la création du monde. Écrite en akkadien, à la gloire du dieu Marduk, elle raconte son ascension vers la souveraineté du panthéon babylonien. Le titre, lui-même, qui veut dire, « Lorsqu’en haut... », représente les premiers mots d’un texte inscrit sur sept tablettes, retrouvées dans les ruines de la bibliothèque d’Assurbanipal à Ninive.

Probablement composé à la fin du XIIe siècle av. J.-C., au cours du règne de Nabuchodonosor Ier, ce récit décrit, comme le rappelle Wikipédia, « les origines du cosmos, le combats des premiers dieux contre les forces du chaos et l’élévation de Marduk, dieu tutélaire de Babylone, au-dessus des autres divinités mésopotamiennes ainsi que la création du monde et de l’Homme ». Ce n’est donc, pas rien ! Notons enfin que cette épopée commence au moment où l’univers « n’est qu’un tout indifférencié rempli par l’eau originelle ». Alors Apsû, qui représente l’eau douce, et Tiamat, qui représente l’eau salée, « engendrent plusieurs générations de Dieux ». Comme on le constate ici, les héros ont dans ce cadre une dimension surhumaine qui ne peut qu’inspirer un grand respect.

Ces exemples nous suggèrent de distinguer deux points de vue distincts dans l’analyse du sujet que nous étudions : d’une part, il y a l’angle de vision qui s’intéresse à l’aventure individuelle de celui qui crée et qui est conduit à lutter pour accoucher de son œuvre ; d’autre part, il y le point de vue du jugement qui replace l’enjeu relatif de ce combat dans le destin global de l’humanité.

Sous son aspect individuel, le héros prend part à une quête ambitieuse pour lui. Comme les Argonautes menés par Jason, il est à la recherche d’une toison d’or symbolique. Parmi les trésors qu’il ramène, il y a une représentation de la femme qu’il a été obligé de délivrer de la condition d’enfermement dans laquelle elle se trouvait avec, à proximité, un gardien-dragon. Par conséquent, le héros est, en quelque sorte, l’accoucheur qui fait naître une seconde fois cet être féminin, enfermé dans un utérus-prison, ce coup-ci pour être potentiellement son épouse. C’est la traditionnelle histoire du héros des contes qui va délivrer la princesse qu’il va épouser. Combattre s’apparente ici à créer symboliquement dans le cadre d’une aventure qui transforme considérablement son acteur principal.

Cette image féminine peut être aussi assimilée à la renommée. N’est-ce pas elle qu’a récolté Victor Hugo de tous ses écrits, de son exil, de sa lutte contre l’empereur Napoléon III, de ses fonctions politiques, lorsque sa longue vie s’est conclue par des funérailles nationales qui ont accompagné le transfert de sa dépouille au Panthéon, le 31 mai 1885 ?

Si l’on regarde maintenant la création sous l’angle du destin global de l’humanité, nous nous situons dans le prolongement de l’épopée akkadienne Enuma Elish. Les hommes créent leur outils pour obtenir la connaissance qu’ils conquièrent de hautes luttes. Comme dans l’histoire babylonienne de la création du monde, c’est par des efforts prodigieux qu’ils engendrent la culture humaine. Ils fabriquent des fusées pour aller sur la Lune et écrivent l’épopée de la conquête lunaire, comme les grecs ont conçu le cheval de Troie pour conquérir la ville. Nos chercheurs, qui veulent comprendre le monde, ont construit le LHC (Large Hadron Collider) et ils ont découvert un boson qui s’apparente au Boson de Higgs : la nouvelle est tombée le mercredi 4 juillet 2012, lors de la conférence de presse du CERN.

Cette particule, qu’il convient plus exactement de nommer de « Brout-Englert-Higgs », du nom de ses géniteurs théoriciens, a une masse de 125 GeV (gigaélectron-volt) environ (133 fois plus qu’un proton, constituant élémentaire des noyaux atomiques). En théorie, elle « permet d’expliquer la brisure de l’interaction unifiée électrofaible en deux interactions par l’intermédiaire du mécanisme de Brout-Englert-Higgs-Hagen-Guralnik-Kibble et d’expliquer ainsi pourquoi certaines particules ont une masse et d’autres n’en ont pas ». Que d’efforts pour parvenir à cela ! Construire le LHC, par exemple, n’a pas été une mince affaire ! En effet, installé dans le tunnel de 3 mètres de diamètre et de 27 km de long qui avait abrité le LEP (foré sous la plaine lémanique entre Genève et le Jura, passant sous le pays de Gex, à une profondeur moyenne de 100 mètres), la mise au point de ses divers instruments a été très délicate.

Alors, arrivé à ce stade, personnellement, je réponds que, vu sous cet angle, l’aventure créative porte, dans la lignée des épopées antiques, plus que jamais, le caractère héroïque du destin de l’humanité éclairée.

Robert Brugerolles

Président de l’association

Références

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Pour ce qui concerne l’épopée :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Cat%C3...

Pour le texte de Enuma Elish :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Enuma_Elish

Pour percevoir ce qu’est un héros :

http://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A...

Pour des informations concernant le boson de Higgs :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Boson_...

Pour l’annonce par le CERN de la découverte d’un boson ressemblant au boson de Higgs :

http://press.web.cern.ch/press/Pres...

Pour le LHC :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Large_...

Pour des détails sur la vie de Victor Hugo :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Victor_Hugo

Pour une réflexion générale autour de la créativité :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Cr%C3%...

Pour toutes les rencontres des Rosalindes :

http://www.creativite2000.com/renco...

et

http://associations.nice.fr/spip.ph...

Les meilleurs échanges de cette réunion feront l’objet d’un reportage dans le numéro 8 du bulletin trimestriel de l’association "Lou Rosalain"

http://www.creativite2000.com/rosal...

La réunion se tiendra à Nice au domicile de Bernadette Mistral le samedi 21 juillet 2012 à 15 heures.

Pour tout renseignement sur cette rencontre, on peut téléphoner au :

04 83 50 51 91.

ou envoyer un message à :

robertbaiedenice@yahoo.fr