Banière accueil
Accueil > Culture > Promotion et soutien des artistes > Rosalinde Rancher Créativité 2000 > Faut-il se préoccuper de réduire la part d’irrationalité dans la démarche (...)

Rosalinde Rancher Créativité 2000

Faut-il se préoccuper de réduire la part d’irrationalité dans la démarche créative ?

Publié le jeudi 29 novembre 2012

Samedi 8 décembre 2012 à 15 heures, aura lieu, à Nice, la réunion mensuelle des membres et des sympathisants de l’association "Rosalinde Rancher Créativité 2000". Cette séance sera l’occasion de tenter de répondre à la question : « Faut-il se préoccuper de réduire la part d’irrationalité dans la démarche créative ? ».

Le thème de cette rencontre s’inscrit, en quelque sorte, comme une suite à la conférence que le professeur Jean-Marc Levy-Leblond, invité de Section Côte d’Azur de la Société Française de Physique (SFP), avait prononcé, le mardi 7 juin 2011, à la faculté des sciences de Valrose à Nice.

Ce prolongement se présente, cependant, avec un arrière-fond moral qui peut a priori déconcerter, d’autant plus qu’il est paraît malaisé de définir l’irrationalité. Wikipédia, encyclopédie la plus consultée sur Internet, ne définit pas l’irrationalité et renvoie directement à la rationalité, en sciences humaines et sociales (psychologie, psychologie sociale, économie), décrite comme « une conduite cohérente, voire optimale, par rapport aux buts de l’individu ».

Si le plus simple est donc, de se contenter de poser que l’irrationalité est le caractère de ce qui est contraire à la raison, le constat que la rationalité soit associée à la cohérence et au concept d’optimum, prouve qu’une conduite irrationnelle, en réalité, véhicule simplement une part d’incohérence. Or, on le sait, une proportion trop importante d’incohérences, dans la prise de conscience de quelqu’un, peut être un symptôme de la folie et peut, par exemple, mener à la manipulation de l’individu par des sectes ou des escrocs. Ces abus relèvent d’une leçon générale qui passe sous silence la créativité. Qu’en est-il pour celle-ci si l’irrationnel reste cantonné dans certaines limites ?

Pour tenter de résoudre notre problème (de manière non irrationnelle !), il va falloir nous plonger dans le fonctionnement de l’être humain. Dans ce contexte, deux domaines vont être brièvement explorés : l’économie et la psychologie.

L’économie produit des biens et des services dans un cadre où la créativité est permanente. La rationalité économique existe quand le comportement des individus correspond à leurs intérêts. Comme ceci est loin de sauter aux yeux des observateurs de la société, Herbert Alexander Simon, Prix Nobel d’économie, (né le 15 juin 1916 à Milwaukee, Wisconsin, mort le 9 février 2001 à Pittsburgh, Pennsylvanie) a développé le concept de rationalité limitée ou procédurale : les agents économiques sont considérés comme ne bénéficiant pas de toute l’information pour prendre leur décision. Ils décident au moment où la satisfaction, qu’ils envisagent retirer de leur choix, atteint un niveau suffisant. Plus précisément, comme le rapporte Wikipédia, H. Simon distingue dans son ouvrage de 1947, Administrative Behavior, entre :
- la décision objectivement rationnelle, qui est le fruit d’un comportement visant à maximiser les valeurs données dans une situation donnée ;
- la décision subjectivement rationnelle, qui maximise les chances de parvenir à une fin donnée en fonction des connaissances réelles de l’individu ;
- une décision consciemment rationnelle, qui ressort d’un processus conscient d’adaptation des moyens aux fins. Elle devient intentionnellement rationnelle si l’adaptation est faite de façon délibérée ;
- une décision rationnelle du point de vue de l’organisation, qui sert les objectifs de l’organisation ;
- une décision personnellement rationnelle, qui obéit aux desseins de l’individu.

A l’exemple de cette étude du comportement des êtres humains dans les situations économiques, ne vaudrait-il pas la peine d’élaborer une physique du comportement créatif qui prenne en compte les aspects « non-rationnel » de la créativité ? Ceci est une première piste.

La seconde piste apparaît avec la théorie du renversement ou théorie des renversements psychologiques, centrée sur l’expérience du sujet. Elle peut être utilisée comme une théorie de la motivation ou une théorie de la décision, bien que son champ d’investigation déborde la motivation au sens étroit. Cette théorie propose un modèle des fluctuations psychologiques de l’individu tant entre des comportements différents que dans le cours-même d’un comportement. C’est Michael Apter qui en a développé les bases avec le concours du psychiatre Kenneth C. P. Smith, et en a fait l’exposé dans « The experience of motivation » (1982).

Les fluctuations ou renversements dépendent à la fois d’éléments contingents, indépendants du sujet, et de sentiments autogènes de frustration comme de satiété. Une typologie basée sur des paires d’états mentaux ou états métamotivationnels, tels que l’état télique et l’état paratélique, a été ainsi constuite. Elle a pu, en particulier, servir de base, par exemple, à l’analyse de la dépression.

Dans le mode ou état télique (du grec telos, tendu vers un but), l’épanouissement de l’individu paraît dépendre de l’accomplissement d’une intention, alors que les moyens et les conditions pratiques de cet accomplissement ne sont pas prioritaires en ce qui concerne la satisfaction.

Dans le mode paratélique, moins complexe, moins susceptible d’ambivalence, la satisfaction réside directement dans l’exercice de l’activité elle-même et non dans son résultat.

Dans l’état télique la variable émotionnelle « esprit sérieux » va fluctuer de la relaxation jusqu’à l’anxiété, alors que parallèlement dans l’état paratélique la variable émotionnelle « disponibilité » va passer de l’euphorie à l’ennui. Ainsi, « les personnes en état télique seraient moins tolérantes aux effets de stress que celles en état paratélique qui peuvent même cultiver les situations stressantes », car « la dominance paratélique est corrélée avec une plus grande adaptabilité immédiate, les attitudes décontractées et l’humour ». Cette analyse fait ressortir que le fait de comprendre l’intrication des émotions, qui nous dirigent, permet de tenir en respect l’irrationalité qui peut nous menacer.

Dans le domaine créatif, il y a, pour moi, deux démarches fondamentales pour la contrôler : la mythification que je nommerai µ et la démythification que je désignerai par µ*. La mythification, c’est la réponse artistique fondée sur la puissance de l’esthétique (dérivé du grec αίσθησιs signifiant la sensation), tandis que la démythification, c’est la réponse scientifique utilisant un raisonnement toujours plus pointu. Ces deux fonctions créatives, qui agissent au niveau de la conscience, n’ont pas les mêmes potentialités : la science cherche à faire progressivement disparaître l’irrationalité alors que l’art cherche à archiver et engluer l’irrationalité dans l’œuvre, pour qu’elle interpelle le public et lui permette de « grandir ».

Ces fonctions µ et µ* contribuent cependant à ce que l’humanité puisse vivre, entre télique et paratélique, une aventure inouïe.

Robert Brugerolles

Président de l’association

Références

Pour le reportage sur la conférence de Jean-Marc Levy-Leblond :

http://www.creativite2000.com/rosal...

Pour ce qui concerne l’irrationalité :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Irrati...

Pour en savoir plus sur Herbert Alexander Simon :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Herber...

Pour des informations sur la théorie du renversement de Michael Apter :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%...

Pour en savoir plus sur l’esthétique :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Esth%C...

Pour ce qui se rapporte à la conscience :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Conscience

Pour une réflexion générale autour de la créativité :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Cr%C3%...

Pour toutes les rencontres des Rosalindes :

http://www.creativite2000.com/renco...

et

http://associations.nice.fr/spip.ph...

Les meilleurs échanges de cette réunion feront l’objet d’un reportage dans le numéro 9 du bulletin trimestriel de l’association "Lou Rosalain"

La réunion se tiendra à Nice au nouveau domicile de Bernadette Mistral le samedi 8 Décembre 2012 à 15 heures.

Pour tout renseignement sur cette rencontre, on peut téléphoner au :

04 83 50 51 91.

ou envoyer un message à :

robertbaiedenice@yahoo.fr