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Harmonie Fanfare La Jeunesse Niçoise

Fanfares, fanfarons et patrimoine musical !

Publié le mercredi 3 novembre 2010

Jean-Baptiste Lully fut le premier à intégrer et faire jouer les cuivres dans l’orchestre des bois et des violes de manière concertante, c’était une révolution.

Mais rapidement, les fanfares de trompettes et timbales se développèrent dans les troupes montées (Cavalerie, Train, Artillerie). A la trompette Mib et au tambour major s’ajouta le clairon Sib, et l’on créa la « Clique » pour les fantassins et troupes à pied, avec regroupement des tambours (sous la direction du Tambour Maître).

La Batterie-Fanfare regroupera plus tard tous les instruments en Sib et Mib, accompagnés du tambour d’ordonnance, d’une grosse caisse et des cymbales.

C’est dire l’influence de la musique militaire sur les fanfares, petits orchestres dont la présence apporte une dimension sérieuse, voire pompeuse, sur tout événement officiel, commémoration ou défilé. Les fêtes votives et autres manifestations civiles engendreront les orphéons et chorales municipales, les maires voulant avoir leur orchestre « sous la main ».

Un art populaire

Mais les fanfares vont aussi exister en dehors des militaires et des musiques officielles. Déjà la chasse à courre possédait sa fanfare, puis les brass band populaires vont se développer dans les pays anglo-saxons, et aussi en Hollande et en Belgique. Les inventions d’Adolphe Sax, qui au départ, avait pour but de remplacer le son des violons et violoncelles pour colorer et enrichir la musicalité des défilés à pied, vont permettre le développement considérable des sociétés de musique instrumentale, qui passeront en France de deux mille cinq cents en 1875 à plus de dix mille en 1900.

Cet engouement populaire tient à plusieurs raisons et événements. L’implantation des orphéons et des fanfares encouragée par l’Eglise et l’Etat vont faciliter pour les autorités une « instruction populaire » qui sous la forme de solfège et d’instruments gratuits dans les formations municipales, va chasser le répertoire pamphlétaire des chansonniers et créer un esprit national par la musique.

Les ouvriers des grandes fabriques (abrutis par l’ennui du taylorisme comme dans le Nord de la France), le petit peuple des faubourgs (artisans, petits commerçants), les mineurs et les paysans, une fois sensibilisés aux bases de l ‘instrument, vont pouvoir se détourner des répertoires officiels et se réapproprier le savoir musical acquis pour s’épanouir dans l’animation des bals et fêtes populaires. Quelle revanche pour les fanfares rurales de se produire en ville, et, à l’occasion de concours, de remporter des prix au grand dam de la petite bourgeoisie urbaine qui les méprise avec arrogance !

Par la suite, le mouvement amateur, historique et musical des fanfares va évoluer vers la fanfare « fixe », l’Harmonie, qui va donner une authentique dimension musicale à la fanfare et démontrer qu’elle ne joue pas que des « chansons à boire » de bal populaire.

Enfin l’Esprit « Fanfare des Beaux-Arts », qui détourne la fanfare militaire en créant un uniforme grotesque et des parades ridicules, ou en copiant une esthétique antique pour justifier des bacchanales et un défoulement grandiose, va faire le lien entre une image de musique sérieuse et une représentation contemporaine ludique, délurée et farfelue. Les étudiants des Beaux-Arts, par le biais de la Fanfare, renouent avec la tradition festive de la fanfare du XIXe siècle. On fait la fête, la manche, et on crée une cohésion sociale.

Les Grandes Ecoles (Polytechnique, Ponts et chaussées, Arts déco, Centrale, Médecine, etc) vont s’engouffrer dans cette popularisation de la Fête.

Il y a donc désormais des fanfares pour défiler, des fanfares de Concert et des fanfares pour danser. Si la fanfare est un moyen pour le spectateur de « s’approprier la rue pour faire son petit carnaval », c’est aussi un « liant social » qui souligne les moments importants de façon solennelle, et un trait d’union entre la musique, les générations et les genres différents.

En ce sens, elle est indémodable.

La Fanfare aujourd’hui

A la Libération, les retrouvailles des musiciens, fiers de la victoire, et de marcher en jouant à nouveau derrière le drapeau français, confortent le défilé et le costume militaires. Petit à petit, la fanfare se diversifie et s’ouvre à d’autres instrumentations, aux cultures et pratiques régionales des férias, bandas, bagads, aux animations municipales, aux moments forts de la vie de la communauté, aux fêtes et bals populaires. Au fils des années, les musiciens répugnent à endosser tout ce qui ressemble à un uniforme.

Si les fanfares militaires des américains en 1945 ont amené le Jazz, il a fallu aussi intégrer le rock-en-roll et les Beatles. D’autres fanfares, plus récentes, ont élargi la musique aux fanfares « ethniques » , cubaines, fanfares roms des balkans, indiennes, montrant ainsi que la fanfare ne peut pas être un genre replié sur lui-même, où le conservatisme ne peut pas exister.

En effet, il faudra toujours s’adapter à l’air du temps, intégrer de nouveaux instruments issus de la mondialisation générale (derboukas, davuls, kavals, kayambs, pikers, roulers, surdos, tablas, taragots, tibles, tenoras, zournas, etc.). Cela paraît inconcevable, me direz-vous ? Pourtant, mine de rien, les cuivres de la fanfare ont déjà bien intégré les accordéons, banjos, bongos, congas, sans parler des clarinettes, guitares, flûtes, fifres, hautbois, mandolines et autres saxophones que vous connaissez déjà !

Et demain ?

Cependant , l’évolution se fait vers de véritables spectacles, sonorisés, comme si la fanfare désirait quitter la rue où elle a vécu si longtemps…

La contrainte économique mondiale va bousculer les musiciens amateurs, qui vont voir arriver des musiciens chômeurs (ou des chômeurs musiciens) désireux d’avoir un emploi, et qui vont chercher à professionnaliser la fanfare, la faire passer de la rue à la salle fermée, de l’inconnue des médias à la rentabilisation d’un genre musical inexistant au Top 50.

La loi de 1953, qui régit le statut de musicien amateur, artiste bénévole qui ne tire pas de revenus de ses activités musicales, va être modifiée pour limiter le nombre de représentations mêlant professionnels et amateurs, permettant ainsi aux professionnels de s’emparer d’une partie des revenus et subventions des fanfares d’amateurs. La fanfare cessera alors d’être utilisée seulement comme un moyen d’assurer la fête, et deviendra la raison principale d’attirer la foule vers un spectacle payant.

Là où les amateurs tiraient vers le bas en pratiquant la loi du nombre pour cacher les fausses notes, en se bornant à jouer des airs à la mode ou en copiant quelques fanfares illustres, un petit groupe de professionnels de meilleur niveau cassera la fraîcheur et la spontanéité pour un spectacle rôdé.

Les élus locaux seront alors déchargés de l’entretien des fanfares dont certaines, guidées par l’habitude et la routine, n’ont pas su évoluer.

Toutefois, l’image et la pratique des gentils musiciens parfaits pour les animations de village va durer encore longtemps…

Et que vive la Fanfare !

Aujourd’hui, l’évolution générale de la Musique et de sa représentation a amené plus de rigueur et de qualité. La multiplication à la fois des grands Orchestres Classiques dans les grandes villes et Régions et des machines d’écoute (du transistor au Ipod), a répandu la musique partout et en permanence (ascenseurs, boutiques, places publiques), modifiant ainsi l’oreille de tous et élevant le niveau de qualité d’écoute musicale.

Comme nous l’avons vu, pour survivre, la Fanfare amateur doit s’adapter à la diversification du mode de vie et des cultures.

Le musicien amateur a toujours aimé jouer des airs populaires repris en chœur par les spectateurs, interpréter des morceaux sophistiqués en concert avec l’Harmonie, et scander de la musique solennelle aux Commémorations.

Chaque Fanfare doit se situer dans ce contexte, faire des choix et modifier costumes et partitions pour intégrer parfaitement chaque situation. Cela représente un effort important mais nécessaire pour que la Fanfare « colle à la vie ». Bien tenir compte des auditeurs et du contexte social et musical de chaque représentation est devenu indispensable.

Certains musiciens ont choisi uniquement le côté festif, éternel de la Fanfare, costume proche du Clown et polkas 1900 pour faire danser et chanter le public. Ce genre existera toujours, mais sera fortement concurrencé par des professionnels.

La fanfare « multifonction » sera toujours indispensable, mais condamnée à élever sans cesse le niveau de qualité musicale et de spectacle. Il faudra avoir plusieurs répertoires, avec plusieurs costumes, apprendre un minimum de chorégraphie et de « marching-band » des anglo-saxons, remplacer les majorettes par une adaptation des « pom-pom girls » américaines… Attention : la fanfare sera toujours un ensemble musical local, régional, s’inspirer des tenues et styles musicaux venus d’ailleurs, voire les détourner avec humour sera toujours apprécié, les copier bêtement tuera la Fanfare !

A vos pupitres ! La fanfare sera toujours récompensée par l’engouement permanent du public pour une musique fraternelle, pleine d’humanité, ouverte à tous…

Texte de Patrick BOUSSU, ami et musicien de la Jeunesse Niçoise