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Cinéma Sans Frontières

DIMANCHE 20 MARS 2016 : ANDREÏ ROUBLEV

Publié le dimanche 13 mars 2016

14h30 Cinéma Mercury - 16 place Garibaldi - Nice

14ème Festival annuel : "Exils"

Film d’Andreï Tarkovski

URSS - 1969 - 3h00 - vostfr

Au xve siècle en Russie, Andreï Roublev, moine peintre d’icône, est appelé par Théophane le Grec pour peindre Le Jugement dernier dans une cathédrale. Incapable de mener à bien sa mission, Roublev est bientôt pris dans la tourmente des invasions Tatars et commet un acte irréparable qui fait vaciller sa foi et le pousse à faire vœu de silence et à abandonner son art. Sa rencontre avec un jeune fondeur de cloches redéfinira son credo.

Andreï Roublev est un moine russe qui a vécu de 1360 à 1430 et connu pour ses iconographies religieuses. Le film n’est pas à proprement parler biographique puisque l’on ne sait pas grand chose de sa vie mais se veut une réflexion sur l’essence de l’art et le sens de la foi. Précédé d’un prologue, clos par un épilogue en couleurs et divisé en sept épisodes indépendants s’échelonnant de 1400 à 1423 : Le Bouffon (été 1400), Théophane le Grec (printemps-été 1405-1406), La Fête (printemps 1408), Le Jugement dernier (été 1408), L’Invasion (automne 1408), L’Amour (1417), La Cloche (1423), le film tente de reconstituer une période centrale de la vie du grand peintre éponyme dont on sait si peu de choses. Ces différents chapitres montrent la vie de la Russie du XVème siècle à travers les yeux de l’iconographe Andreï Roublev. Dans Andreï Roublev, Tarkovski filme un monde d’eau et de terre. Les hommes et les femmes de son film en paraissent issus comme s’ils étaient faits de la texture même du limon, des alluvions des forêts et de la terre des campagnes. Les cadrages et les plans séquences du film sont si amples qu’ils finissent par nous envelopper, si bien que nous croyons nous baigner dans leur matière. Tarkovski est le cinéaste des plans d’eau et de limon, de ces images d’eau mouvante que l’on retrouve dans tous ses films, et qui bercent le spectateur. C’est comme si Tarkovski, en nous faisant voir ce limon et cette eau filante, nous rappelait notre nature malléable et changeante, toujours prête à faire une chose et son contraire. Il nous invite à voyager avec lui. En regardant ses films, nous avons parfois l’impression de nous dématérialiser en nous rapprochant de notre essence première et mouvante ; nous nous installons dans sa barque, qu’il guide sur des courants d’eau ; nous passons sur des tourbières, mais la barque ne s’y arrête pas et continue de glisser en un mouvement pur ; d’autres fois, la barque s’envole, et le bercement se fait aérien, sans que l’on sache à quel moment l’on est passé de l’eau à l’air. Car chez Tarkovski, la lumière est fluctuante aussi. C’est l’un des rares cinéastes à savoir aussi bien varier la luminosité dans ses plans séquences, faisant ainsi passer lors d’une même scène ses personnages (et nous avec eux) d’un monde à l’autre, du visible à l’invisible, du présent au passé, de la réalité au rêve. Quelque fois, ce passage d’un monde à l’autre se fait par le brouillard, d’autres fois par un simple contre-champ, ici par la lumière, là par la couleur (comme à la fin d’Andreï Roublev). C’est le cinéaste des brumes, des frontières mouvantes et du voyage. Comme aurait pu le dire Bachelard, Tarkovski fait passer le cinéma de l’état de mouvement contemplé à celui de mouvement vécu. C’est peut-être parce que les images du film rendent compte d’une vérité intemporelle sur la nature changeante de l’homme qu’Andreï Roublev est un film qui donne au spectateur le sentiment d’avoir pris une machine à remonter le temps et de vivre le temps du film au moyen-âge russe.

A l’époque du tournage d’Andreï Roublev, Tarkovski expliquait son projet en ces termes : « Je voudrais faire un film historique qui soit en même temps un film d’actualité. Je voudrais rapprocher la mentalité des hommes du XVème siècle de celle des hommes d’aujourd’hui ou plus exactement faire revivre les hommes et l’époque pour qu’ils nous soient proches et que leur héroïsme soit aussi le nôtre. » De tels propos pouvaient rassurer les autorités culturelles soviétiques qui attendaient un film biographique conforme à l’idéologie officielle. En U.R.S.S., les critiques dénoncèrent les libertés prises avec l’Histoire et les attaques contre l’art marxiste. La vie romancée du grand peintre russe d’icônes permet à Tarkovsky de faire un tableau saisissant de la Russie à la fin du Moyen Age. Mais le cinéaste y défend surtout le droit pour l’artiste de pouvoir créer en toute liberté, en restant fidèle à ses convictions personnelles plutôt que de se soumettre aux exigences d’un art d’Etat.

Vers l’an 1400, sous la conduite du Grand Duc de Moscou Dimitri, les Russes se libèrent de la tutelle des Tatars. C’est une Russie dévastée qui apparaît dans le film : l’insécurité est générale, la violence s’exerce partout. Les images essaient de rendre la sauvagerie de cette époque troublée, celles du sac de la ville de Vladimir horrifient par leur réalisme. A la même période, la Russie vit un renouveau religieux. Les églises sont reconstruites sur les territoires reconquis, les fondations monastiques se multiplient après celle du monastère dédié à la Trinité à Zagorsk par saint Serge de Radonège (1314-1392). Le moine Andrei Roublev se formera auprès de ce mystique en entrant dans ce monastère. Mystique et pacifique, Andrei Roublev chercha à exprimer par la peinture « des idées de paix, d’harmonie, d’amour ». Affronté à la violence, il se voit obligé de tuer un soldat qui cherchait à violer une jeune fille simple d’esprit. Traumatisé par son acte, il renonce à son art pour se plonger dans le silence. Par son courage, sa volonté, son intelligence et ses dons, un jeune garçon lui montre, en réalisant la fonte d’une cloche, alors qu’il ignorait les procédés de fabrication, que la foi triomphe de tous les doutes et de toutes les peurs. Andrei Roublev peut alors se remettre à la peinture. Andrei Roublev est un homme en quête du sens des valeurs. Après un long cheminement intérieur, fort de ses épreuves, il redécouvre grâce au jeune fondeur de cloches la force des valeurs spirituelles, l’enthousiasme que suscite la création de l’oeuvre d’art, sans avoir renoncé à ses conceptions sur l’art, ouverture sur l’Absolu. Par sa peinture, Andrei Roublev put apporter au peuple russe un message de foi et de paix. Ce film est un hymne à la Sainte Russie. L’amour de la terre russe transparaît avec ces splendides images de la nature, des arbres, du fleuve ; la société russe montre sa force vitale à travers son mysticisme et les rapports quasi païens qu’elle entretient avec la nature. "Andreï Roublev est une supplique pour la paix. Des colombes - anges naturels - lâchées comme en surimpression sur les scènes de guerres, de luttes moyenâgeuses réalistes ou figurées, portent la douleur et la résistance aux affronts des hommes inconscients de leurs actes blasphématoires et qui croisent le fer de leur perdition. Des oiseaux de paix qui sont aussi des émissaires porteurs de sommation et d’espoir. Le regard projeté par Tarkovski prend des allures de croisade pacifiste qui, tout en jaugeant les actes des hommes à l’aune de leurs contradictions idiosyncrasiques, les absout en les accompagnant dans leur représentation." (Fichesducinema.com)

Avant sa sortie en 1969, des projections privées furent organisées à l’hiver 1966. Les premières projections officielles ont eu lieu à Moscou en février 1969 puis en mai, au Festival de Cannes. La distribution internationale débuta en 1973. Mais le film fut censuré pendant vingt années par le pouvoir soviétique, qui craignait que l’on établisse des parallèles entre le temps de violence du film et la violence que lui-même exerçait sur sa propre population et qui trouvait contraire à la doxa communiste le point de vue de Tarkovski sur l’importance de l’artiste dans la société et la dimension spirituelle de l’homme. Andreï Roublev ne fut projeté en URSS qu’en 1988, année de la canonisation du peintre d’icônes. Pour ce film, Andreï Tarkovski a reçu le prix de la critique internationale à Cannes en 1969. Le cinéaste a également obtenu le prix de la critique française dans la catégorie meilleur film étranger en 1971 ainsi qu’en Finlande en 1973.


Présentation du film et animation du débat avec le public : Bruno Precioso

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